Fribourg

La justice veut entendre Marie Garnier

Le Ministère public demande la levée de l’immunité de la conseillère d’Etat verte à la suite de la transmission d’un audit interne sur le fonctionnement de la Préfecture de la Sarine. Le Grand Conseil se prononcera cet automne

Le Ministère public du canton de Fribourg veut entendre la conseillère d’Etat Marie Garnier. Il vient d’adresser au Grand Conseil une demande de levée de son immunité. L’affaire devrait être traitée cet automne. «Le Ministère public est d’avis que les conditions objectives d’une violation du secret de fonction sont réalisées par la conseillère d’Etat Marie Garnier […]. Afin d’investiguer les éléments subjectifs, notamment l’existence de motifs justificatifs éventuels, le procureur général doit désormais entendre la précitée», lit-on dans le communiqué de presse publié vendredi matin.

Il s’agit d’un nouvel épisode dans le conflit qui oppose Marie Garnier à Carl-Alex Ridoré, préfet de la Sarine. Depuis plusieurs années, burn-out et démissions en cascade entravent la bonne marche de la plus importante préfecture du canton. Ministre de tutelle, Marie Garnier s’en est mêlée, demandant au passage un audit pour déterminer les causes réelles du malaise.

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Au fil des mois, les relations entre les deux élus n’ont cessé de se dégrader. L’affaire est devenue publique en raison de nombreuses fuites dans la presse, qui a eu accès à des échanges de courriers entre le préfet et le Conseil d’Etat. Le quotidien alémanique Freiburger Nachrichten a aussi obtenu le fameux audit et ne s’est pas privé d’annoncer à ses lecteurs que le document avait été transmis par Marie Garnier elle-même. C’en était trop.

En mai dernier, le Ministère public a ouvert une procédure pénale contre inconnu pour violation du secret de fonction, dans le but d’investiguer l’ensemble des fuites de documents dans les médias. L’auteur de la transmission de courriers n’ayant pas pu être identifié, l’enquête s’arrête là. Par contre, Marie Garnier ayant admis avoir transmis l’audit, le Ministère public entend poursuivre l’investigation la concernant, ce qui requiert la levée de son immunité.

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«Si Marie Garnier n’était pas conseillère d’Etat, j’aurais déjà ouvert la procédure, car j’ai des motifs suffisants pour le faire. Mais je dois l’entendre. Et pour cela, il me faut passer par le Grand Conseil», explique Fabien Gasser, procureur général. Pour les mêmes faits, un simple citoyen risque entre 30 et 60 jours-amendes avec sursis.

La concernée n’ayant jamais contesté le rôle qu’elle a joué dans la transmission de l’audit, elle se dit prête et même pressée de s’expliquer. «J’ai transmis ce document pour rétablir les faits. J’estimais à l’époque qu’il était nécessaire de le faire pour défendre des personnes injustement mises en cause. Mon geste était honorable et moralement justifié», répond-elle.

Marie Garnier a cependant conscience que ses adversaires politiques ne vont pas laisser passer l’occasion d'augmenter la pression sur elle. Ce printemps déjà, l’UDC, qui rêve de récupérer son siège au gouvernement, se demandait ouvertement si l’écologiste avait toujours sa place au sein du Conseil d’Etat. «La pression politique est permanente et j’y suis habituée, poursuit-elle. Il y a six mois, j’ai été réélue par le peuple parce qu’il reconnaît les valeurs que je défends.»

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