«Genève reste une exception. C'est le seul canton romand, avec le Valais, qui n'est jamais entré en matière sur l'octroi de droits politiques aux étrangers dans les communes.» La campagne est lancée. A huit semaines de la votation cantonale du 24 avril, le comité «J'y vis, j'y vote» a présenté lundi ses arguments pour défendre les deux initiatives qui seront soumises au peuple. Pour convaincre les Genevois, les militants n'ont pas lésiné sur les moyens. Point fort de leur campagne, budgétée à 60 000 francs: dès le 29 mars, des affiches réalisées par les dessinateurs de presse Mix & Remix, Herrmann, Chapatte et Barrigue seront placardées.

Les Genevois devront se prononcer sur deux initiatives «sœurs». L'«aînée» vise à accorder le droit de vote et d'éligibilité à l'échelon communal aux étrangers établis depuis huit ans au moins en Suisse. La «cadette» se limite au droit de vote. L'association «J'y vis, j'y vote», constituée en 1998, a bon espoir que «cette campagne soit la bonne», selon l'un de ses fers de lance, le député Vert Antonio Hodgers. Car en 2001, les Genevois avaient balayé de justesse les propositions d'éligibilité et de droit de vote, qui étaient alors indissociables. «Mais le résultat nous a encouragés: seuls 51,98% des citoyens avaient dit non», souligne Antonio Hodgers.

Désormais, le comité «J'y vis, j'y vote» rassemble tous les partis politiques, sauf l'UDC et les libéraux. Ceux-ci justifient leur position en dénonçant «la citoyenneté au rabais» que représenterait l'octroi des droits politiques aux étrangers. Pour se démarquer de l'UDC, le Parti libéral milite pour la facilitation des procédures de naturalisation. Un argument balayé par les membres de «J'y vis, j'y vote»: «Les étrangers ne souhaitent pas forcément devenir suisses. Ce n'est pas une raison de les exclure de la vie communale.»

Les principaux messages du comité? La commune représente le premier échelon de la démocratie. Tous ses habitants doivent pouvoir s'exprimer sur des sujets qui les touchent au quotidien. Les étrangers qui bénéficieraient de l'initiative représentent 19% de la population genevoise, répartis de manière inégale entre les communes. Selon les militants, le canton y gagnerait un enrichissement politique, mais aussi économique: le conseiller municipal radical Pierre Maudet souligne que les étrangers représentent 53% des actifs à Genève. «De plus, on ne cesse de se gargariser du statut international de Genève. Il est temps d'appliquer cet «esprit de Genève» en faisant preuve d'ouverture.»