L’avocat de Fribourg, Ridha Ajmi, prépare à l’attention du Ministère public de la Confédération (MPC) une nouvelle liste de vingt noms de proches collaborateurs en Suisse du régime Kadhafi. Il estime les avoirs du dictateur en Suisse à «plusieurs milliards».

Une vingtaine de nouveaux noms de personnes associées en Suisse aux activités du colonel Kadhafi sera transmise au MPC, a indiqué vendredi à l’ATS l’avocat établi à Fribourg, Ridha Ajmi. Il procède aux dernières vérifications. Il a déjà transmis lundi une première liste de douze noms.

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) avait indiqué jeudi compter déjà sur une liste de 29 personnes, dont le colonel Kadhafi lui-même, concernées par le blocage des avoirs libyens en Suisse.

«Les avoirs de Mouammar Kadhafi en Suisse devraient finalement représenter plusieurs milliards de francs», selon l’avocat, «mais pas des dizaines de milliards». Ridha Ajmi croit savoir que la plupart des avoirs à l’étranger du dictateur seraient aux Etats-Unis et en Italie. Selon lui, «des milliards auraient déjà été transférés de Suisse aux Etats-Unis après l’affaire Kadhafi en 2008 en Suisse.»

Pour Ridha Ajmi, les 630 millions de francs annoncés jeudi par la Suisse et la Banque nationale suisse (BNS) comme faisant partie des avoirs du clan Kadhafi encore en Suisse «concernent des comptes de l’Etat libyen et non des comptes d’hommes proches du pouvoir». Parmi les noms des personnes que l’avocat a déjà ou va encore divulguer prochainement au MPC figurerait notamment celui de l’ambassadeur libyen en Suisse, dont on est sans nouvelle, et de l’actuel premier ministre libyen.

«Il n’y a pas de Suisses dans ces listes, mais des personnes domiciliées en Suisse qui gèrent ses affaires notamment à Zurich». Ces noms ont été transmis à l’avocat par des juristes ou des journalistes lors de leurs enquêtes.

«Il faudra procéder, dit-il, à l’inventaire des avoirs mobiliers et immobiliers du clan Kadhafi». Ridha Ajmi pointe du doigt des fondations et des sociétés commerciales, dont il préfère pour l’instant taire les noms, liées directement ou indirectement aux activités du colonel et de l’Etat libyen.

Ridha Ajmi précise également qu’il sera très difficile d’établir une différence entre les fonds de Mouammar Kadhafi et ceux de l’Etat libyen, tant manifestement souvent les deux sont liés». L’avocat ne pense pas que le régime libyen ait réussi à détourner ces derniers jours une partie de ses avoirs de Suisse.

Ridha Ajmi se dit «très satisfait» de l’annonce faite jeudi par la Confédération de procéder au gel des avoirs de Mouammar Kadhafi. «C’est un exemple et Berne n’a pas attendu la chute du dictateur», estime confiant l’avocat membre d’Arab Transparency Organisation.

Ce groupement, né après la chute d’Hosni Moubarak en Egypte, est composé de juristes, d’intellectuels et de militants des droits de l’homme, la plupart originaires d’une vingtaine de pays arabes.

Reste la question du fonds souverain libyen qui permet au régime de faire fructifier ses pétrodollars dans plusieurs pays du monde. Ce fonds appelé Libyan Investment Authority (LIA) pèserait aujourd’hui, selon des analystes, près de 65 milliards de dollars.

La compagnie Tamoil Suisse, dont la raffinerie de Collombey-le- Grand en Valais est propriété du régime libyen, est par exemple liée à ce fonds «indirectement à un troisième voire à une quatrième échelon», rapporte vendredi le porte-parole de Tamoil Suisse, Laurent Paoliello. «Nous avons le même rapport avec la Libye que les Chinois avec Coca-Cola».

«Tamoil s’est réservé le droit depuis plusieurs années de s’approvisionner en pétrole ailleurs qu’en Libye, notamment en Azerbaïdjan, en Russie et dans d’autres pays d’Afrique», explique-t- il. Selon lui, Tamoil Suisse n’a constaté pour l’heure «aucune incidence directe sur ses affaires après les événements en Libye, à part au niveau mondial un effet psychologique sur le prix du pétrole».