Il a osé. Mouammar Kadhafi a bien déposé une requête pour ­«démanteler la Suisse» auprès des Nations unies. Les menaces, il les avait déjà proférées en juillet, lors du G8 à L’Aquila (Italie). Là, le colonel a fait un pas de plus. C’est ce qu’a affirmé haut et fort Christa Markwalder (PLR/BE), vice-présidente de la Commission de politique extérieure du National, mercredi soir à l’émission 10 vor 10. En soulignant que la diplomatie suisse va devoir retrousser ses manches pour éviter un scandale.

Selon nos informations, l’annonce a été faite en commission par un haut représentant du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Interrogé à ce sujet, Carlo Sommaruga (PS/GE) le confirme. «Je déplore que cette information soit sortie. Ce n’est vraiment pas judicieux de jeter de l’huile sur le feu dans le contexte actuel. On nous a bien dit que cette absurde requête a été déposée. Mais elle ne figure pas encore à l’agenda de l’Assemblée générale et la Suisse œuvre précisément pour que cela ne soit pas le cas. Formellement, la demande est recevable, mais elle n’est juridiquement pas tenable car elle entre en contradiction totale avec la charte de l’ONU», commente-t-il.

A Genève, la mission libyenne auprès des Nations unies n’était hier pas en mesure de répondre à nos questions. «Jusqu’à présent, l’organe onusien chargé d’établir l’agenda de l’Assemblée générale – le General Committee – n’a reçu aucune demande de la Libye demandant l’inscription à l’ordre du jour d’un point concernant la Suisse», affirmait de son côté Lars Knuchel, le porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Avant l’accord

Alors, déposée ou pas? Selon la RSR, l’ambassadeur libyen auprès de l’ONU aurait en fait envoyé début août une lettre demandant le démantèlement de la Suisse à Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU. Et la missive n’aurait pas circulé plus loin tant la proposition est absurde. Voilà qui explique pourquoi les instances onusiennes ne font pas état de cette demande.

Mouammar Kadhafi a bien rédigé sa requête avant le 20 août, date de la signature de l’accord ­entre Berne et Tripoli. Etait-ce une provocation de plus pour intimider la Suisse et tenter d’influencer les négociations? Ou un ballon d’essai pour tester l’isolement de la Suisse sur le plan international? Des tractations sont en tout cas en cours pour qu’il renonce à tout coup d’éclat alors que les deux pays ont fini par signer un texte qui prévoit de rétablir des «relations bilatérales normales» dans les soixante jours.

Mais voilà: les Libyens ne sont pas pressés. Ils aiment jouer au chat et à la souris avec la Suisse. Et le colonel profitera probablement du fait que la Libye présidera durant un an l’Assemblée générale de l’ONU pour proférer quelques méchancetés supplémentaires contre la Suisse. Si sa requête n’est pas à l’ordre du jour, rien ne l’empêchera de chercher à intervenir par un autre biais.

La prochaine assemblée débute le 15 septembre. Mouammar Kadhafi y participera pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir il y a 40 ans. Il doit en principe faire un discours à la tribune le 23 septembre. Juste après Barack Obama. Inquiète de la venue du numéro un libyen à New York, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, Susan Rice, vient de le mettre en garde contre tout «débordement».