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Kamelia, chauffeure privée que sa limousine mène vers le succès

[VIDEO] A 22 ans, Kamelia Benmira est chauffeure privée indépendante. Elle a grandi dansle sud de la France, a connu quelques galères en Suisse, avant de trouver sa route dans ce monde masculin

A 22 ans, Kamelia Benmira est chauffeure privée indépendante

Elle a grandi dansle sud de la France, a connu quelques galères en Suisse, avant de trouver sa route dans ce monde masculin

«Tu aimes le luxe, les belles voitures, le travail? Viens en Suisse, ce pays est pour toi», lui avait dit l’homme croisé sur Facebook. Kamelia Benmira était à Londres. Elle avait fui Montpellier «par chagrin d’amour», direction le fog. «J’ai supporté deux semaines, pas plus», résume la Stéphanoise, née d’un père algérien et d’une mère française, mais qui a poussé au soleil de l’Hérault.

A Cointrin, le correspondant du réseau social, las d’attendre, n’est pas au rendez-vous. Elle doit se débrouiller «avec ses dix valises et son gros chagrin» pour rejoindre cette connaissance virtuelle. Le monsieur est à Vevey et lui fait des avances. Mauvaise nuit.

Le lendemain, elle trouve un job comme serveuse dans un établissement situé près de l’église Saint-François. Comme dans la chanson, c’est un DJ qui lui sauve la mise en lui proposant un logis. Mais la vie loin de chez elle est grise et Kamelia boit pour oublier ses déconvenues. «Je pesais 60 kilos», dit aujourd’hui cette fille mince, presque frêle, installée en tailleur Hugo Boss noir sur la terrasse du Beau-Rivage. Un autre homme, une autre proposition de logement, d’autres déclarations d’amour… «A la fin, j’ai obtenu mes papiers [un permis B] et j’ai trouvé mon propre appartement, sans conditions», se réjouit-elle.

La Montpelliéraine prend pied à Avenches (VD). Elle travaille comme serveuse dans un restaurant grec, fait des tournus de nuit chez Nespresso comme opératrice de production et pose pour des magazines de prêt-à-porter. C’est l’heure de penser à un vrai projet. Pour Kamelia Benmira, l’essentiel doit passer par le beau, comme sa Rolex, «la moins chère», et par la voiture. Premier geste: obtenir son permis de conduire en Suisse. Deuxième geste: acheter une BMW. Ce sera une limousine Série 1, 204 chevaux, avec pack M: une sportive, acquise pour 16 000 francs. C’est bien pour aller faire de la vitesse en Allemagne avec des amis.

Une fois tous les trois mois, Kamelia descend à Milan. «J’y vais seule et je fais les boutiques.» Elle fait de même à Genève. En Allemagne, elle visite des garages pour découvrir les nouvelles «BM», mais «ne frime jamais en leasing»! Car l’argent est cher, et ne se dépense que quand on en possède. «Je suis très économe. Je n’achète que ce qui est classe», résume la cigale.

A Avenches, elle rencontre un architecte qui lui présente du monde. Elle rencontre «des avocats, des PDG, un directeur marketing d’un club de foot français, et même un ministre». De quel pays? «Je ne divulgue pas l’identité de mes clients», tranche-t-elle. La façon de parler de ces gens l’impressionne. Son ami l’aide à trouver quelque chose au cœur de Lausanne. Kamelia se perfectionne en anglais et en arabe classique, langues qu’elle avait déjà étudiées à Montpellier. «Un jour, je me suis dit: «J’aime la conduite, j’aime les belles voitures et le luxe et je connais du monde: je vais faire chauffeure privée!»

Olivier Ferrari, «spécialiste de la finance, philanthrope, auteur, conférencier, modérateur et passionné d’art», tel qu’il se présente sur LinkedIn, fait part de ses conseils à la future chauffeure, qui l’a contacté cette année via ce réseau social. «En 25 ans de carrière, je n’avais jamais vu une femme chauffeure privée», assure-t-il.

Le directeur de la société de conseils financiers Coninco loue chez elle «son énergie et sa conviction». «Elle écoute, et elle intègre», résume-t-il. Passer le permis de conduire de chauffeur privé, s’inscrire comme indépendante, se doter d’un e-mail et d’un téléphone professionnels: Kamelia organise son business pas à pas.

Elle qui a fait un bac en économie connaît l’importance des réseaux sociaux. Sa page LinkedIn est rédigée avec soin. «Je me suis mise à la place d’un client potentiel du Moyen-Orient. Qu’est-ce qu’il va taper sur Google?» Il tapera «Swiss Private Driver» («et pas taxi Benmira», pouffe-t-elle). De fait, les appels affluent depuis mars dernier. Le premier client ne viendra pas, mais payera tout de même le dérangement. Le deuxième appelle du Qatar et demande si le profil LinkedIn recouvre vraiment une femme chauffeure. «J’ai expliqué: «Oui, je suis une femme, non je ne suis pas Arabe, malgré mon nom, mais Française. Il faut toujours se justifier.» Les amis de Kamelia lui donnent des conseils. «Je parlais aux gens en tenant mes mains entre mes jambes et en baissant les yeux. Mais il faut bien se tenir et faire face.»

En un mois et demi de travail, Kamelia calcule avoir fait un chiffre d’affaires de presque 10 000 francs. Et le carnet se remplit pour l’été. Bien sûr, il y a des clients qui attendent «autre chose». Sur 10 contrats, dont certains ont duré 3 jours, la chauffeure privée indique que deux ont été suivis par des demandes non professionnelles. «Les gens se disent: «Si c’est une femme, il y a de l’ambiguïté. Or il n’y en a pas.» Une fois, un client lui envoie un SMS avec des propositions déplacées, chiffrées. Elle se dit «déçue».

Question politesse, Kamelia laisse les hommes faire le premier pas. «Généralement, je serre la main, mais j’attends que mon vis-à-vis le fasse. Je veux éviter que la personne refuse éventuellement de me toucher la main. Je ne fais pas la bise.» Il faut aussi gérer le sourire: ni trop, ni trop peu.

A Zurich et Genève, des banques ont repéré la perle. Elles feront appel à elle pour leur clientèle moyen-orientale. Un client d’Arabie saoudite a réservé pour quatre jours d’affilée fin mai. L’homme a demandé à voir une image de la voiture de Kamelia. Il aura le choix entre la Série 1 et la Série 5, soit sa deuxième voiture, achetée 65 000 euros. «En général, les gens du Moyen-Orient préfèrent des Mercedes», explique la professionnelle, qui loue cette marque le cas échéant.

Parfois, les clients désirent être conduits dans leur véhicule. Si bien que Kamelia a déjà travaillé en Ferrari et en Bentley. Son chagrin d’amour est-il passé? «Je suis forte, mais j’ai un cœur d’artichaut», conclut Madame Benmira.

«Les gens se disent: «Si c’est une femme, il y ade l’ambiguïté. Or, il n’y en a pas»

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