La conseillère d’Etat Karin Keller-Sutter (PLR), cheffe de la police et de la justice du canton de Saint-Gall, s’était engagée aux côtés de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga en faveur du contreprojet et contre l’initiative UDC pour le renvoi des étrangers criminels. Après la victoire complète de l’initiative, elle s’exprime sur les difficultés qui attendent le Parlement pour la mettre en application.

– Le Temps: Etes-vous déçue du résultat?

Karin Keller-Sutter: Non, je l’avais attendu. J’aurais pourtant préféré le contreprojet, qui était une solution claire et applicable immédiatement. Le Parlement va devoir maintenant en partie recommencer le travail. Jecrains que cela ne prenne du temps, vu la polarisation au niveau fédéral. Je regrette que le contreprojet n’ait pas été appuyé par les socialistes. Ils ont mal calculé. Maintenant, c’est l’initiative qui a passé.

Vous avez également critiqué le non-engagement d’Economiesuisse dans cette campagne…

– Je n’ai pas compris cette attitude. La présence des immigrés en Suisse, et les problèmes que nous rencontrons avec une minorité d’entre eux, est la conséquence directe de la politique suivie par les milieux économiques dans les années 1970 et 1980. Ils avaient besoin d’étrangers pas formés, et ne pensaient pas qu’ils allaient rester en Suisse.

– Quelles difficultés attendent le Parlement pour mettre en application l’initiative de l’UDC?

– Le législateur devra compléter la liste des délits qui conduisent automatiquement à l’expulsion. Et vu la décision du peuple, il faudra se montrer large. Ce sera une négociation difficile au Parlement. Même l’interprétation de la volonté des initiants va être difficile. Lors des débats, Adrian Amstutz a déclaré que les petits délits n’allaient pas conduire à une expulsion, alors que Christoph Blocher a répété que forcer une cave suffisait déjà à se faire expulser. L’UDC mentionne dans son texte des délits considérés comme peu graves, précisément l’effraction, mais ne dit rien sur les lésions corporelles. Ce n’est pas logique. Il manque aussi tout le volet des délits économiques.

– Et que va-t-il se passer avec les citoyens de l’Union européenne?

– Le Conseil fédéral va se retrouver avec la délicate mission d’expliquer aux partenaires de l’Union européenne ce que veut l’initiative. Même si la barre est placée plus haut pour les expulsions de citoyens de l’UE, je ne sais pas si on peut l’appliquer telle qu’elle vient d’être acceptée. Cela impliquerait une renégociation de certains accords bilatéraux. Mais le moment n’est pas très favorable. Les dossiers sur la fiscalité, l’agriculture, l’électricité sont tous dans une phase difficile.

– Votre canton de Saint-Gall se montre maintenant déjà sévère pour l’expulsion de criminels étrangers. L’initiative va-t-elle changer beaucoup à cette pratique?

– Oui. Il est probable que des étrangers ayant commis des petits délits pourront être désormais expulsés. La marge d’appréciation des autorités cantonales va se rétrécir. Et avec l’automatisme des expulsions, cela va devenir presque impossible de faire recours, comme cela se fait maintenant assez systématiquement.

– Vous êtes d’avis que la loi fédérale sur les étrangers suffit déjà pour encourager l’intégration des étrangers. Quelles mesures avez-vous prises dans votre canton ?

– Depuis le printemps 2010, nous concluons systématiquement des contrats d’intégration avec toutes les personnes qui ont un permis B. Elles se présentent à l’Office cantonal des migrations, on leur explique leurs droits et devoirs. Elles doivent notamment suivre des cours d’allemand, qui sont subventionnés s’ils sont couronnés de succès. Nous avons déjà passé 260 de ces contrats jusqu’à maintenant. Cela ne peut pas produire des miracles, mais les gens savent que leur permis peut être révoqué s’ils ne respectent pas ce contrat.