Karin Perraudin a fait son chemin au cœur des incendies politico-économiques valaisans. Aujourd’hui présidente du Groupe Mutuel, elle révèle que son salaire sera de quelque 200 000 francs par année

Portrait d’une femme ambitieuse mais à la ligne claire et sobre

Karin Perraudin ne craint pas les incendies politico-économiques. L’automne dernier, elle est devenue présidente du Groupe Mutuel, alors que l’assurance est au cœur d’une vaste enquête de la Finma. L’organe de surveillance des marchés financiers a contraint le groupe à un changement de gouvernance pour éviter de potentiels conflits d’intérêts, et à une révision de son organisation. Karin Perraudin est aussi à la tête de la nouvelle structure de promotion touristique du Valais, en proie à des polémiques politiques. Elle était aussi venue à la rescousse de la Banque Cantonale Valaisanne après la démission avec effet immédiat de son président.

La jeune femme sait bien ce qui se dit à son sujet en Valais. «On a d’abord affirmé que j’avais été nommée à la BCVs parce que j’étais PDC, maintenant certains disent que c’est parce que je fais partie des francs-maçons. Même mon père m’a appelée pour me dire: t’as quand même pas fait ça?! Non, je ne fais pas partie d’une loge maçonnique», assure-t-elle en riant. «Les gens ont de la peine à imaginer qu’une femme, jeune, puisse être nommée pour ses compétences dans des cercles constitués d’hommes beaucoup plus âgés…»

Alors que Pierre-Marcel Revaz, fondateur du Groupe Mutuel, est PLR, l’assemblée des délégués a nommé une femme PDC à la tête de «son» assurance, provoquant des murmures dans le canton. Karin Perraudin serait une présidente alibi, aux ordres de l’ancien patron. «Je pense qu’il a su mettre de côté la politique partisane, comme je le fais quand je suis à la tête d’une entreprise», rétorque l’intéressée. «Les réflexes partisans comportent des risques beaucoup trop importants, alors que le monde économique est toujours plus exigeant. Tout le monde sait que je suis très à droite du PDC, dans le sens où je suis proche des entreprises avec une vision très libérale», explique-t-elle.

Pendant dix ans, Karin Perraudin a été secrétaire générale du conseil d’administration, puis vice-présidente de la BCVs. A cette époque, elle siège aussi au Grand Conseil valaisan. «J’étais jeune et je pensais que je pouvais faire évoluer le Valais. On m’a vite fait comprendre que je devrai attendre mon tour. Tout était très hiérarchisé. Il fallait être chef de groupe ou président de commission pour avoir le droit de prendre la parole. De manière générale, il faudrait vraiment que la politique évolue. Elle laisse peu de place aux nouveaux venus et aux femmes, elle mise toujours sur les mêmes personnes.»

Huit ans plus tard, en 2011, Karin Perraudin ne s’est pas représentée au législatif mais a choisi de reprendre la présidence de la BCVs après la démission soudaine de François-Bernard Stalder. Nommé par le Conseil d’Etat deux ans plus tôt sur fond de polémique politique, l’homme s’était dit mal à l’aise dans le contexte et les particularités valaisannes. Cela n’effraie pas Karin Perraudin.

Sa présidence ad interim pendant deux ans permet au directeur de la BCVs, Jean-Daniel Papilloud, de prendre sa retraite et la présidence de la banque en 2013. Pourquoi avoir accepté un mandat limité à deux ans dans le rôle du pompier, ou encore de la femme alibi? «Je ne pouvais pas faire plus de douze ans au sein du conseil d’administration. Terminer par la présidence dans un moment de grand changement dans le domaine des législations bancaires, c’était très intéressant. Et puis, ça m’a permis d’envisager d’autres conseils d’administration», sourit-elle. «Un jour, quelqu’un m’a proposé de modifier les statuts de la banque pour que je puisse allonger mon mandat, mais j’ai refusé. On ne change pas les règles quand cela nous arrange.»

En 2013, Karin Perraudin entre dans plusieurs conseils d’administration et continue de prouver qu’elle sait se débrouiller avec la politique locale. Le ministre Jean-Michel Cina vient la chercher pour prendre la tête de Valais-Wallis Promotion, organe de promotion touristique très décrié dans un canton où les régions ont du mal à s’unir autour d’un projet commun. La quarantenaire s’engage aussi dans le domaine de la santé avec la présidence de la Clinique de Valère, dans l’agriculture avec l’entreprise familiale Union Fruits, la plus grande du genre en Valais, à l’Aéroport de Genève et dans diverses fondations. La multiplication des domaines dans lesquels elle exerce laisse penser que Karin Perraudin prépare une élection, sans doute au Conseil d’Etat en 2017. «C’est vrai, ces conseils agrandissent mon réseau et ma connaissance de l’économie valaisanne. Le Conseil d’Etat aurait pu être une opportunité. Le parti a dû sentir cet intérêt, mais personne n’est venu m’en parler», répond-elle. Tout s’écroule quand le conseiller national et président du PDC suisse, Christophe Darbellay, annonce en automne 2014 son intérêt pour l’exécutif cantonal. Domicilié dans le même district que Karin Perraudin, l’affaire les aurait conduits à un duel similaire à celui qui a opposé Christian Varone à Oskar Freysinger en 2013. «Cela aurait été un combat de fou contre Christophe Darbellay, très populaire et expérimenté en politique», décrit Karin Perraudin.

Quelques mois plus tard, la proposition du Groupe Mutuel met un terme définitif à ses éventuelles ambitions ministérielles pour 2017. «Je me suis dit que ma nomination devait arranger Christophe Darbellay», sourit la jeune femme. L’homme est désormais certain qu’elle ne se dressera pas sur son chemin pendant les primaires, comme l’avait fait Maurice Tornay en son temps. «Il était hors de question de prendre la présidence du Groupe Mutuel pour seulement deux ans. Cela aurait été irrespectueux», explique-t-elle.

A la tête de l’une des plus grandes assurances de Suisse, son rôle est néanmoins aussi politique. Le conseil d’administration compte d’ailleurs deux conseillers aux Etats. «A mon avis, à moyen terme, les sièges dans les conseils d’administration ne seront plus acceptés pour les politiciens afin d’assurer leur indépendance. Le problème c’est que cela les coupera des réalités économiques», estime-t-elle. Alors qu’elle avait refusé de donner des détails à ce sujet en conférence de presse, Karin Perraudin révèle au Temps que ses jetons de présence tourneront autour de 200 000 francs par année, conformément à la moyenne dans la branche. C’est dix fois inférieur à la rémunération estimée de Pierre-Marcel Revaz de quelque 2,2 millions de francs, pour des tâches opérationnelles et stratégiques. Karin Perraudin, une femme ambitieuse mais à la ligne claire et sobre.

«Le Conseil d’Etat aurait pu être une opportunité […] mais cela aurait été un combat de fou contre Christophe Darbellay»