La situation des finances fédérales empire de mois en mois. Les craintes émises par Kaspar Villiger en novembre se confirment: «Le déficit de l'exercice 2002 se situera plus ou moins autour de 3 milliards», a-t-il annoncé mercredi à ses collègues du gouvernement, puis à la presse. Avant Noël, il redoutait déjà que l'excédent de dépenses inscrit au budget de l'an dernier (300 millions) ne se transforme en un découvert plus abyssal. Le bilan, encore provisoire, des recettes fiscales confirme la tendance. L'impôt fédéral direct et la TVA auront rapporté environ un milliard de moins qu'espéré, les recettes de l'impôt anticipé et du droit de timbre sont également en recul.

Les perspectives économiques sont médiocres, ce qui fait dire au ministre des Finances que «la situation ne se redressera pas par une hausse des recettes». Le budget 2003 porte déjà les signes de cette détérioration. La première version esquissée par le Conseil fédéral après la pause estivale faisait encore état d'un possible bénéfice de quelque 60 millions. Le gouvernement et le parlement ont par la suite corrigé les données, ce qui a débouché sur un budget déficitaire de 245 millions.

Le Conseil fédéral a décidé d'empoigner le problème de ses finances lors d'une séance spéciale qu'il a agendée pour mercredi soir prochain. Kaspar Villiger fera des propositions pour un programme d'assainissement d'au moins 1,6 milliard par an, voire beaucoup plus, soit 3 à 4 milliards. Le gouvernement parlera également de l'utilisation des réserves d'or de la BNS. Comme le confirme le porte-parole du Conseil fédéral, Achille Casanova, le ministre des Finances a présenté un rapport sur cette question mercredi. Une décision de principe devrait tomber dans une semaine. Il paraît d'ores et déjà certain que les cantons obtiendront au moins un tiers du produit des réserves d'or. Mais que faire des deux autres parts? Un premier scénario, qui paraît tenir la corde, attribuerait les deux tiers restants à l'AVS. Un second affecterait une part à l'AVS et l'autre, en raison de l'état des finances fédérales, à la Confédération.

Les contours du programme d'assainissement sont encore très diffus. La marge de manœuvre est étroite, car de nombreuses dépenses sont des transferts aux cantons alors que d'autres sont ancrées dans des lois. Certains engagements nouveaux, comme le subventionnement plus élevé des primes d'assurance maladie ou les retraites anticipées, paraissent désormais menacés. Et Kaspar Villiger se montre déterminé à combattre la vraisemblable folie dépensière qui caractérisera le parlement en cette année électorale.

Et le paquet fiscal? Sur ce point, il souhaite maintenir certaines améliorations, notamment pour l'imposition des familles. «Il est nécessaire de corriger les injustices qui frappent les couples mariés par rapport aux concubins», justifie-t-il. Il se dit également prêt à accepter une baisse des recettes provenant de l'imposition du logement à condition qu'elle s'accompagne de la suppression de la valeur locative et des déductions autorisées aux propriétaires. Il souhaite en revanche que le Conseil fédéral reçoive la compétence de fixer le moment de l'entrée en vigueur de ce paquet fiscal. Par ailleurs, Kaspar Villiger n'exclut plus de devoir augmenter la TVA. «S'il s'avère que les recettes d'un impôt régressent sur la durée, il faudrait envisager un tel correctif», lâche-t-il.