D'un côté, il y a la théorie: «Les supporters pourront exprimer leur allégresse en klaxonnant dans les rues de Lausanne durant une heure, après la fin des rencontres», avertissait la police municipale avant le début de l'Euro 2004. Et de l'autre, la pratique… Dans la nuit de jeudi à vendredi, les supporters portugais ont allègrement transgressé le couvre-feu pour fêter la qualification de leur équipe en demi-finale, aux dépens de l'Angleterre.

C'est à 23 h 30, après le dernier tir au but synonyme de victoire, que les Lusitaniens ont convergé vers la place Saint-François, drapeaux déployés et klaxons enclenchés. Ils étaient au moins 3000 selon des Portugais, pas plus de 2000 selon la police. «Ce n'est pas que nous soyons beaucoup plus patriotes que les autres, mais une victoire de l'équipe nationale ça se fête», s'enthousiasme José da Silva, président du Club de football Porto-Lausanne.

A minuit et demi, une heure après la fin du match, l'effusion de joie et de bruit n'avait pas baissé d'intensité. La police n'a pourtant pas bougé. «Je ne vois pas comment les forces de l'ordre auraient pu intervenir contre deux mille personnes joyeuses», admet Christian Séchaud, porte-parole de la police lausannoise. La maréchaussée a donc attendu que la plupart des supporters quittent d'eux-mêmes la place Saint-François. C'était chose faite vers 1 h 15, soit 1 h 45 après la fin du match. «On aurait bien continué toute la nuit, mais on travaille», regrette José da Silva. Seules trois personnes ont été «dénoncées à la commission de police», relate Christian Séchaud. Les récalcitrants risquent une amende.

Règlement communal

Le porte-parole de la police rappelle que «l'interdiction de faire du bruit sans nécessité relève d'un règlement communal». Christian Séchaud se demande si le klaxon est une manière adéquate pour manifester une victoire. «Je comprends que des supporters laissent éclater leur joie en se retrouvant place Saint-François, explique le porte-parole, mais ils devraient cesser lorsqu'ils rentrent dans leur quartier résidentiel où des gens dorment.» Plusieurs centaines d'habitants se sont tout de même plaints des klaxons auprès de la centrale de la police.

A l'inverse, José da Silva déplore la restriction imposée aux supporters: «Quand le bonheur est collectif, il est difficile de le contrôler. Et puis, une heure c'est trop court, dit-il. Il faut compter une vingtaine de minutes pour se préparer et pour se rendre au centre de Lausanne.» Le président du club de football regrette également l'absence à Lausanne de lieu où les aficionados de l'Euro puissent suivre les matches sur écran géant, «comme cela se fait à Genève, Zurich ou Bâle».