#LeTempsAVélo

Durant six semaines, plusieurs équipes de journalistes du Temps et d’Heidi.news se relaient pour parcourir la Suisse à vélo et raconter ses transformations. Suivez leur odyssée grâce à notre carte interactive et retrouvez leurs articles écrits au fil du chemin.

Köniz, ses barres d’immeubles, ses fermes. A Berne, on dit que la commune de 43 000 habitants représente un «petit canton» à elle seule. En sortant de la capitale, sur 51 kilomètres, on voit défiler des petites places villageoises, des villas toutes semblables perchées en grappes sur les collines, des prairies et des forêts, des espaces industriels et des zones commerciales insipides: tous ces microcosmes appartiennent à la même localité.

La frontière entre ville et campagne, ce doit forcément être ici. Je m’arrête à la maison de commune pour demander à la présidente, Annemarie Berlinger-Staub, ce qu’elle en pense. Le bâtiment lui-même incarne l’expansion urbaine: on peine à reconnaître l’ancien Hôtel de Ville, sous son extension de verre et de béton. La présidente douche aussitôt notre espoir: «Le fossé ville-campagne n’existe pas. C’est une idée populiste», affirme Annemarie Berlinger-Staub.

Des lignes politiques qui bougent

Le premier souci de l’élue socialiste, c’est de maintenir les comptes communaux à flot. Köniz croît continuellement. Dans son quartier appelé Niederwangen, à vingt minutes à vélo du centre de Berne, un nouveau chantier se prépare. Un millier de logements sont prévus d’ici à 2028. Et une école, la douzième de la commune.

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«On s’est fixé comme but que chaque enfant puisse aller à pied à l’école. C’est très apprécié. Les nouveaux habitants sont surtout des familles avec enfants. Mais, du point de vue fiscal, ce n’est pas incroyablement intéressant», dit la présidente. Les infrastructures coûtent cher et les jeunes familles ne sont pas souvent des contribuables aisés. Sans compter que l’administration fédérale, l’un des principaux employeurs sur le territoire communal, ne paye pas d’impôts. En novembre, après trois échecs dans les urnes, Annemarie Berlinger-Staub tentera pour la quatrième fois d’augmenter les taxes.

L’urbanisation fait aussi bouger les lignes politiques et, même si la majorité bourgeoise reste bien installée, la gauche progresse dans la périphérie bernoise. Le 26 septembre dernier, lors des élections communales à Köniz, Verts et vert’libéraux ont gagné chacun deux sièges au parlement, tandis que l’UDC en a perdu deux.

Les communes urbaines paient pour la campagne

S’il y a une personne qui connaît bien les mystères de l’agglomération, c’est Stefan von Bergen. A 61 ans, dont trente et un comme journaliste à la Berner Zeitung, il observe l’évolution de cette «zone floue» entre ville et campagne dans le canton de Berne, qu’il aime décrire comme une Suisse miniature. A la fois conservatrices et progressistes, les agglomérations brouillent les cartes du jeu politique, à mesure qu’elles grossissent, attirant les urbains qui fuient les loyers trop chers du centre (la population y a augmenté de 10% au cours des dix dernières années). «Les votations cantonales sont devenues plus imprévisibles. C’est un vrai roman policier!» dit-il.

Ces espaces en mutation échappent à la lecture en noir et blanc de l’UDC. Quand le parti de droite s’est mis à creuser le fossé ville-campagne à coups de slogans contre les urbains «parasitaires», il s’est fâché. A la façon bernoise, calmement: dans l’un de ses derniers articles, il a soumis la thèse de l’UDC à l’épreuve des faits. Et, après avoir minutieusement analysé les flux financiers à l’intérieur du canton, il a pu donner tort au président du parti Marco Chiesa: «Ce sont les communes de l’agglomération urbaine qui payent pour la campagne, et sûrement pas le centre dépensier qui dilapide l’argent de la périphérie», dit-il. L’agglomération de Berne, par exemple, avec ses 400 000 habitants, soit un tiers de la population cantonale, représente 43% des revenus fiscaux.

Une fois passé les barres d’immeubles, les petites places villageoises et les zones villas sans âme, c’est un bonheur de retrouver les routes qui sillonnent la campagne.

Notre carnet de route: #LeTempsAVélo, de Bulle à Lausanne