Les autorités suisses, qui n'ont cessé d'inciter les réfugiés kosovars à rentrer chez eux, donnent soudain l'impression de vouloir les retenir. Les départs se font au compte-gouttes, et dans les centres de requérants se répandent les rumeurs les plus contradictoires: l'une d'elles dit que le retrait d'une demande d'asile précédemment déposée se heurte au refus des fonctionnaires de l'Office fédéral des réfugiés. Ce renoncement donne effectivement lieu à des formalités administratives compliquées, mais le vrai frein au retour, c'est l'encombrement de l'aéroport de Skopje, par lequel transitent les réfugiés en provenance de 76 pays, explique Roger Schneeberger, chef de l'information à l'ODR. La Macédoine n'autorise que trois vols par semaine en provenance de Suisse, alors que 65 000 personnes devraient partir. Un avion – le second – a décollé vendredi, avec 91 personnes à bord. Même si, par la suite, des charters pouvant transporter 164 personnes seront utilisés, l'engorgement est assuré de durer. Après Urs Hadorn, vice-directeur de l'ODR, Ruth Metzler se rendra le 27 juillet à Rome pour négocier un passage terrestre par l'Italie. Cette solution n'est pourtant pas idéale, car la suite du parcours passe par l'Albanie où sévissent des bandes criminelles. «Notre but prioritaire est d'ouvrir plusieurs chemins vers Pristina», explique Roger Schneeberger.

Ces promesses laissent perplexes les réfugiés et ceux qui les entourent. Ils ont, eux, le sentiment que les retours sont plus entravés que facilités; ils ne comprennent surtout pas pourquoi le retrait d'une demande d'asile pose problème. Ueli Leuenberger, fondateur de l'Université populaire albanaise à Genève, considère que toute l'organisation fonctionne à rebours de tout bon sens.

Parcours du combattant

Un requérant qui renonce à sa demande doit le faire par écrit, puis ses empreintes sont relevées; ces formalités prennent 48 heures. Ensuite, bien que désireux de rentrer le plus vite possible, le requérant «libéré» est acheminé vers un centre dans un canton désigné par l'autorité. Là seulement, le bureau de l'aide au retour lui réservera une place sur le prochain vol disponible: au mieux, trois semaines plus tard.

Les requérants n'arrangent parfois pas les choses. Certains, qui étaient convoyés vers des camps tenus par l'armée, à Adermatt (UR) ou à Meiringen (BE), ont soudain déclaré qu'ils renonçaient à l'asile. Ramenés à Genève, ils ont ensuite refusé de signer les papiers confirmant leur décision, car leur unique objectif était de revenir au bord du Léman. Désormais, les Kosovars qui renoncent à leur demande dans ces circonstances se voient opposer un refus. Mais Roger Schneeberger jure qu'au grand jamais, l'ODR n'a cherché à retenir les réfugiés. Bien au contraire…