L’abbaye revisite ses textes fondateurs

Saint-Maurice La «Passion anonyme de saint Maurice» est fraîchement datée du IVe siècle

En prévision des 1500 ans de l’abbaye de Saint-Maurice qui auront lieu en 2015, les Cahiers Lausannois d’histoire médiévale ont verni lundi la publication, en latin et en français, de trois textes hagiographiques sur la fondation de l’abbaye. «Ces trois textes anonymes constituent une unité, en cela qu’ils sont des textes fondateurs», explique Eric Chevalley, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne et auteur d’une partie de la publication.

La «Passion anonyme de saint Maurice», la «Vie des abbés d’Agaune» et la «Passion de saint Sigismond» – fondateur de l’abbaye en 515 – sont des textes connus depuis longtemps. Ils restaient pourtant difficiles d’accès parce qu’ils n’existaient qu’en latin. «Le premier d’entre eux a longtemps été considéré comme une réécriture caro­lingienne de la «Passion d’Eucher», évêque de Lyon», explique Eric Chevalley. «Or, je crois avoir montré aujourd’hui que cela n’est pas possible puisque ce document est cité dans des récits carolingiens. Je pense que ce texte date de la fin du IVe siècle, au moment de la diffusion du culte de saint Maurice, et qu’Eucher a écrit sa «Passion» à ­partir de ce texte», explique-t-il. Tous deux décrivent le massacre de la légion thébaine réfugiée à Agaune mais, selon la «Passion anonyme», la désobéissance des Thébains n’est pas liée à la persécution de chrétiens mais au refus de participer à un sacrifice aux dieux de Rome. Une version plus compatible avec d’autres sources historiques.

Le texte de la «Vie des abbés d’Agaune» a été découvert au début du XVIIe siècle dans le clocher de la cathédrale de Besançon. Le manuscrit faisait partie d’un ensemble sur la vie monastique ancienne. Ecrit en prose, il contient aussi quelques vers qui servent d’épitaphe sur les tombes des ­premiers abbés. Surtout, il donne des informations historiques sur la fondation du monastère. «Avant 515, il y avait des laïcs et des femmes qui s’occupaient du sanctuaire, lequel était déjà très important», souligne Eric Chevalley.

Quant à la «Passion de saint Sigismond», le texte date du VIIIe siècle et a peut-être été écrit par un moine de l’abbaye. La compa­raison d’une quarantaine de manuscrits de ce récit a permis au ­chercheur Cédric Roduit de comprendre la diffusion de l’œuvre. «On la trouve d’abord dans le ­réseau des abbayes cisterciennes françaises, jusqu’au voyage de Charles IV, empereur du Saint-Empire romain germanique, en 1360, à Agaune, raconte-t-il. Il emporte avec lui à Prague une relique de saint Sigismond, et ce texte se diffuse ensuite dans toute la Bohême.»

La Mémoire hagiographique de l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune, textes édités et traduits par Eric Chevalley et Cédric Roduit, Cahiers lausannois d’histoire médiévale, 2014. 289 p.