Cette semaine et la semaine passée devaient être la période phare de la vente de l'abricot valaisan sur le marché suisse. Deux semaines d'action qui devait permettre d'écouler sans problème le plus gros d'une récolte abondante. Mais la pluie et le froid de juillet ont contrecarré les plans des producteurs et des commerçants, qui se sont retrouvés contraints de vendre à des prix inférieurs aux conditions du marché.

Contrairement aux années précédentes, la récolte d'abricots 2000 s'annonçait abondante, avec près de 8 millions de kilos. Dans la perspective d'un afflux sur le marché à fin juillet et début août, le prix du kilo du Luizet (75% du tonnage) au départ du Valais avait été négocié au début de juillet déjà avec les grands distributeurs nationaux. Le prix initial pour le Luizet premier choix, départ du Valais, fut alors fixé à 3,30 francs le kilo. Mais, durant les deux semaines d'action, du 24 juillet au 5 août, une importante baisse a été négociée, à 2,50 francs le kilo au départ du Valais.

Mais les conditions météorologiques en ont décidé autrement. Le froid a retardé la cueillette et, sur le marché suisse, les abricots sont soudainement devenus une denrée plus difficile à trouver. A tel point qu'il a fallu en importer. Et les producteurs valaisans ont soudain l'impression d'avoir négocié trop bas leur prix: «Nous nous sommes battus avec les acheteurs, explique Régis Métrailler, de la Fédération valaisanne des producteurs, mais cela a été une véritable foire d'empoigne. Avec les 2,50 francs payés actuellement, il ne reste plus rien pour le producteur. Nous devons absolument repenser notre façon d'agir, car, de cette manière, il est impossible de valoriser l'abricot valaisan.»

Un prix «démesurément» trop bas

Le directeur de l'Union valaisanne pour la vente des fruits et légumes, Ephrem Pannatier, observe aussi que le prix du Luizet à 2,50 francs pour le premier choix durant le gros de la récolte a été fixé «démesurément» trop bas, mais il reconnaît aussi que cet été pourri a faussé les pronostics de récolte. Le représentant des commerçants, René Ebener, fait le même constat: «Sur les prévisions, on s'est cassé le nez, à cause du temps. Après coup, il est vrai, on est toujours plus intelligent. Toutefois, avec à un tel prix, on a donné l'abricot. Mais, lors des négociations, ce sont en premier lieu les représentants des producteurs qui ont accepté trop facilement ces prix trop bas.»

Ce mauvais calcul fait perdre ainsi des centaines de milliers de francs à la production valaisanne. Consolation quand même, les nouvelles variétés à gros calibre – Orange Red, Gold Rich ou Jumbo Cot – ont particulièrement bien marché et se sont vendues près du double du Luizet, soit jusqu'à 5 francs le kilo au départ du Valais, avec certes un conditionnement plus délicat et des quantités moindres, 600 tonnes environ.

Dans l'ensemble, le verger valaisan poursuit sa mue vers une diversification de l'offre des variétés. Il existe aujourd'hui 400 hectares de Luizet, pour 180 hectares de nouvelles variétés, dont les plantations n'ont pas encore atteint un rendement adulte. L'objectif, selon Ephrem Pannatier, est de parvenir à réduire de 150 hectares supplémentaires les surfaces de Luizet et de les remplacer par d'autres variétés qui étalent la récolte dans le temps, qui sont plus résistantes aux intempéries et qui, malgré un prix plus élevé, ont les faveurs du consommateur sur le marché frais.