La Chaux-de-Fonds est-elle victime de malédiction institutionnelle? Pour la troisième fois en deux ans et demi, l’exécutif professionnel de la troisième ville de Suisse romande (39 000 habitants) est amputé de l'un de ses membres. Le popiste Jean-Pierre Veya, la cinquantaine, aux affaires depuis dix ans, est en arrêt maladie depuis quinze jours.

Nouvelle tuile pour une ville qui vit au rythme des sombres affaires, avec celles liées à la mise à l’écart puis la réintégration de Jean-Charles Legrix, à la démission de Pierre-André Monnard et aux gros soucis financiers ?

«Peut-être a-t-il besoin d’un mois de repos»

La réponse est unanimement négative et résumée par le président du POP neuchâtelois, par ailleurs maire de la commune voisine du Locle et nouveau conseiller national, Denis de la Reussille: «La situation de La Chaux-de-Fonds est suffisamment difficile pour ne pas faire une affaire là où il n’y en a pas.» Lorsque le président socialiste Théo Huguenin-Elie a annoncé l’absence de Jean-Pierre Veya devant le Conseil général, il n’y a eu que des réactions d’empathie et des souhaits de rapide rétablissement.

«Chacun, à La Chaux-de-Fonds, reconnaît le bon travail, consensuel, de l’élu Jean-Pierre Veya», dit un autre popiste, le député Théo Bregnard. «Face à la surcharge de travail, il s’est arrêté suffisamment tôt pour éviter l’irréversible», renchérit Denis de la Reussille, ajoutant, «qu'il reviendra aux affaires, bien sûr». «Peut-être a-t-il besoin d’un mois de repos, complète Théo Bregnard. Il ne me semble pas qu’il s’agisse d’un burn out.» «Nous gardons le contact avec lui», relève encore Théo Huguenin-Elie.

Institutions à vau-l’eau

C’est parce qu’il survient à La Chaux-de-Fonds que l’incident de parcours de Jean-Pierre Veya interpelle. Une ville où les institutions semblent aller à vau-l’eau. Il y eut le clash avec l’élu UDC Jean-Charles Legrix, en été 2013, mis au ban de l’exécutif par ses quatre collègues (le PS Théo Huguenin-Elie, le POP Jean-Pierre Veya, la Verte Nathalie Schallenberger et le PLR Pierre-André Monnard), sur la base d’un audit accusant le magistrat de maltraiter ses collaborateurs. N’ayant pas respecté les formes, l’exécutif est ensuite désavoué par la justice et Jean-Charles Legrix réintégré, parqué à la tête d’un autre dicastère.

En hiver 2015, après la découverte d’un déficit surprise de 12 millions (au lieu de 2 millions de bénéfice escompté), nouvelle situation de quatre élus contre un : l’exécutif chaux-de-fonnier lâche et pousse à la démission le PLR Pierre-André Monnard. Le procureur neuchâtelois l’a disculpé, mais il avait déjà démissionné au début avril, remplacé en juin par Sylvia Morel.

Projets sportifs et muséaux gelés

Voilà donc, une troisième fois, le conseil communal contraint de travailler à quatre, dans une situation financière extraordinairement difficile», relève Théo Huguenin-Elie, précisant qu’il faut multiplier les séances pour tenter de rééquilibrer les finances de la ville. «Mais nous faisons le job», assure-t-il. Le fait que La Chaux-de-Fonds soit contrainte de couper prioritairement dans le département de la culture et des sports de Jean-Pierre Veya l’affecte au premier chef. Les projets de nouvelle piscine et de zoo-musée sont gelés.

L’absence passagère et non-polémique de Jean-Pierre Veya relance les spéculations sur la reconduction de l’exécutif, lors des élections locales du printemps 2016. L’élu popiste devrait être candidat à un nouveau mandat. Même celui qui le talonne depuis 2004 lui reconnaît ce droit.

En 2004, les électeurs chaux-de-fonniers avaient reconduit la popiste Claudine Stähli-Wolf, qui a cédé son siège deux ans plus tard au premier des viennent-ensuite, Jean-Pierre Veya, alors chef de cuisine, qui n’avait précédé Théo Bregnard que de 43 voix. En 2008 et 2012, le dauphin de Jean-Pierre Veya est toujours Théo Bregnard, et le député-enseignant ne cache pas son intérêt pour les affaires communales. Les électeurs trancheront, comme ils décideront de laisser aux commandes les sortants ou, comme on l’entend au café du Commerce, ils opéreront un grand coup de balais, à l’instar de ce qui s’est passé au gouvernement cantonal en 2013.