Un viol, c'est aussi et toujours un abus de pouvoir. Quand à cette contrainte de l'homme sur la femme s'ajoute le poids de l'uniforme, on peut légitimement se poser certaines questions. Le gendarme, représentant de l'ordre et garant de la sécurité publique, est-il suffisamment préparé à résister au sentiment de puissance que peut lui conférer son statut?

La consultation des fichiers de police, apparemment conseillée par la hiérarchie, est un bon indicateur des dérapages qui peuvent frapper cette profession. La recherche d'informations doit en principe servir à éviter au policier d'engager une relation sérieuse avec une personne peu recommandable. Dans la pratique, il semble que ces renseignements servent abondamment à satisfaire la curiosité des agents. Encore une forme d'abus de pouvoir qui, dans cette affaire, a conduit au pire.

Les policiers ont pensé qu'une gosse, fichée comme prostituée, se devait de tout accepter. Qu'on peut se permettre les pires outrages en profitant des avantages que procure l'uniforme. Car même si les intéressés n'ont pas agi dans l'exercice de leurs fonctions, leur statut a indéniablement joué un rôle dans la confiance qui aveuglait la victime et peut-être aussi dans l'impunité qu'ils pouvaient espérer. Impunité, non pas parce qu'ils étaient protégés mais parce qu'il est évidemment plus difficile pour une femme, toujours confrontée à la crainte de ne pas être crue, d'accuser des policiers. Corinne a eu une seule chance dans cette affaire. Celle

d'avoir un père douanier, bien décidé à se battre contre l'inacceptable. Un soutien qui a permis à cette fille détruite de surmonter sa peur et d'affronter le chemin impitoyable de la procédure.

On n'ose à peine imaginer ce qu'il serait advenu de cette sordide histoire si la victime avait été une personne rejetée par ses proches ou une immigrée clandestine.

Fa. M