Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
La vidange s'est déroulée en 24 heures, entre vendredi et samedi.
© Patrick Huerlimann/Keystone ©

Environnement

Le lac des Faverges, miroir du réchauffement climatique

Comme chaque été depuis 2011, le lac situé sur le glacier de la Plaine Morte s'est vidé naturellement vendredi, déversant des millions de mètres cubes d'eau dans l'Oberland bernois. Un phénomène qui va s'accentuer au fil des années

La scène est impressionnante. La rivière de la Simme, dans le canton de Berne, se déchaîne. Des tonnes d’eau dévalent la montagne, entraînant l’évacuation de dizaines d'habitants, mais aussi la fermeture de chemins pédestres. En cause: la vidange du lac de Faverges, situé sur le glacier de la Plaine Morte, à la frontière entre les cantons de Berne et du Valais.

Le phénomène naturel a eu lieu vendredi dernier et il a atteint un niveau historique. Les quelque 2 millions de mètres cubes d’eau, issus de la fonte des neiges, se sont écoulés en 24 heures, contre 4 à 8 jours ces dernières années. Le débit enregistré, mais qui doit encore être vérifié, a atteint 100 mètres cubes par seconde. Bien au-delà du record de 2014 et ses 28 mètres cubes.

«C’est la plus grande vidange et de loin», confirme Isabelle Kull, une géomorphologue qui étudie le phénomène depuis près de cinq ans. Elle précise qu’il est toutefois difficile d’expliquer les raisons qui font que, cette année, la débâcle ait été plus forte que lors des années précédentes, «car nous ne pouvons pas voir ce qui se passe sous le glacier».

Or, c’est là que le phénomène prend naissance. Avant d’atteindre la rivière de la Simme, l’eau s’écoule sous-glaciairement, dans un réseau de canaux. «Ce réseau était-il déjà formé cette année?» s’interroge Isabelle Kull pour tenter de comprendre. Impossible d’y répondre.

Effet domino

Une chose est sûre, en revanche, la vidange du lac des Faverges, survenue pour la première fois en 2011, est intrinsèquement liée au réchauffement climatique. Ce dernier provoque la fonte du glacier qui, dans une sorte d’effet domino, mène au phénomène de débâcle.

Dans les années 1980-1990, l’épaisseur de la glace était supérieure de 30 mètres au niveau actuel. «Il n’y avait aucun lac et l’eau pouvait s’écouler sans danger, tant du côté valaisan que du côté bernois», explique le glaciologue Matthias Huss, qui a beaucoup étudié la Plaine Morte. Le recul du glacier a modifié la donne. Il a tout d’abord permis la création du lac au début des années 2000, puis son accroissement d’année en année.

Il a également modifié l’écoulement de l’eau. Depuis 2011, le glacier a atteint un seuil qui ne permet plus à l’eau de s’écouler du côté valaisan. L’entier de la masse se déverse ainsi en direction du canton de Berne et de la commune de La Lenk. La combinaison de ces deux éléments provoque dès lors, chaque été, cette spectaculaire vidange.

Un phénomène toujours plus fort

Et le phénomène devrait s’accentuer au cours des prochaines années. Avec une perte d’épaisseur moyenne d’un mètre par an, le glacier de la Plaine Morte va continuer de reculer, laissant de plus en plus de place à l’étendue d’eau. Or le volume du lac est un élément déterminant pour expliquer la force du phénomène. «Un volume plus grand impliquera nécessairement une vidange plus grande», précise Isabelle Kull.

Selon les modélisations de l’évolution du lac des Faverges, ce dernier devrait atteindre sa taille maximale entre 2030 et 2040. Il faudra donc réfléchir à l’évolution des moyens à mettre en place pour éviter tout incident. Et ce d’autant plus que le phénomène est imprévisible.

La date de la vidange ne peut en effet pas être connue à l’avance. Depuis 2012, un système de mesures a toutefois été mis en place pour étudier le niveau du lac et alerter la population dès que celui-ci commence à baisser. L’eau s’écoulant sous le glacier, il faut quelques heures avant qu’elle n’atteigne la commune de La Lenk. Les habitants ont donc le temps de se mettre à l’abri.

Vendredi, une centaine de personnes ont dû évacuer leur logement et passer la nuit dans le centre sportif du village en raison des risques d’inondation. Des sentiers pédestres ont été fermés. Aucun incident majeur n’a cependant été signalé. Mais, en devenant plus puissant, le phénomène pourrait devenir plus dangereux.

Une vidange artificielle comme solution?

Afin de prévenir les risques, un tunnel pourrait être créé pour vidanger artificiellement le lac. «Cette solution a été mise en place à Grindelwald», indique Matthias Huss. Pour lui, un tel dispositif pourrait voir le jour à la Plaine Morte. «C’est beaucoup d’argent pour pas grand-chose, rétorque Isabelle Kull. A Grindelwald, avec la fonte du glacier, le niveau du lac s’est abaissé et l’eau n’atteint plus le tunnel.» La solution mise en place devient donc inutile.

A long terme, le phénomène de vidange déclinera toutefois naturellement. «Selon un scénario climatique réaliste qui prévoit une augmentation de la température de 4 degrés d’ici à 2100, le glacier de la Plaine Morte disparaîtra complètement entre 2070 et 2080», conclut Matthias Huss.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a