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© Alfonso Zirpoli/Ticino Turismo

Tessin

Sur le lac Majeur, une promenade flottante qui divise

Des investisseurs privés veulent construire une passerelle de 3 kilomètres pour relier Ascona et les îles de Brissago. Un projet de 25 millions de francs qui suscite la controverse

Une promenade flottante, longue de 3 kilomètres, reliant Ascona aux îles de Brissago et leur fameux jardin botanique. C’est ce qu’un groupe d’investisseurs privés souhaite réaliser sur le lac Majeur. Le projet s’inspire d’une passerelle flottante éphémère conçue en 2016 par l’artiste bulgare Christo sur le lac d’Iseo, en Lombardie. Celle-ci a été foulée par 1,2 million de visiteurs, générant 283 millions d’euros.

Au Tessin, l’idée a été proposée au Conseil d’Etat par la députée verte Michela Delco Petralli, en avril dernier. «Le financement du jardin botanique est élevé et pose problème tant au canton qu’aux communes, explique l’élue. J’ai pensé qu’une telle initiative, surtout après le succès d’Iseo, pourrait stimuler le tourisme et engendrer des recettes permettant d’assumer les coûts de notre jardin botanique.»

Renforcer le tourisme

Après avoir établi un devis, le gouvernement a refusé d’entrer en matière, estimant le projet trop cher: 25 millions de francs. Des privés ont décidé de prendre le relais. «Nous entendons compter sur le savoir-faire des experts qui ont réalisé l’œuvre de Christo», explique Benjamin Frizzi, porte-parole de ce groupe de promoteurs, tous Tessinois et issus notamment du secteur bancaire. «Les conditions environnementales – vents, vagues, variations du niveau de l’eau – sur le lac Majeur sont nettement plus favorables que celles d’Iseo.» Benjamin Frizzi est par ailleurs directeur du marketing de l’entité touristique Ascona-Locarno, qui n’est pas directement impliquée dans l’entreprise.

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Avec cette passerelle, dont la durée de vie n’est pas déterminée, il s’agit de valoriser le jardin botanique – véritable joyau de la région – à l’échelle mondiale, en donnant un coup de pouce au secteur touristique. Le projet se veut aussi écologique, assure Benjamin Frizzi: «Les 220 000 cubes flottants en polyéthylène à haute densité qui constitueront la promenade permettront de recycler environ 500 tonnes de plastique.»

La réalisation de ce projet, qui pourrait voir le jour dès le printemps prochain, créerait par ailleurs des dizaines d’emplois, souligne le porte-parole des promoteurs. Ceux-ci envisagent de limiter les visiteurs à un millier par jour. Le billet coûterait entre 5 et 10 francs.

«Une insulte à la beauté du lac»

L’initiative jouit d’un ample soutien institutionnel de la part du canton et des communes concernées, mais cela n’empêche pas de dures critiques. Pour Germano Mattei, architecte et député cantonal (mouvement Montagne vive), il s’agit d’une «grande folie». «Techniquement, le projet est réalisable, même s’il n’est pas du tout simple. Au niveau éthique, cependant, je suis sceptique. Il y a déjà mille problèmes sur ce lac. On y ajouterait en plus une passerelle de 3 kilomètres. Cet argent devrait plutôt être utilisé au profit de la navigation et du service public sur le lac.»

Un autre architecte-paysagiste réputé qui préfère garder l’anonymat estime aussi qu’il s’agit d’une «bêtise délirante». «On singe les Italiens pour faire de l’argent facile. Cette promenade attirera un tourisme de masse dans une zone déjà congestionnée.» La vue de ce paysage unique sera gâtée par tout ce plastique, ajoute-t-il. «C’est une insulte à la beauté du lac. On peut très bien se rendre aux îles de Brissago en bateau.»

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