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Le site de l’ancienne caserne du lac Noir, devenu aujourd’hui le Campus Schwarzsee est destiné aux cours de formation du service civil. C’est aussi un centre sportif ouvert aux associations.
© Nicolas Brodard

L’armée déserte (1/5)

Au lac Noir, le royaume des civilistes

Fribourg a trouvé la parade pour remplacer l’armée. La caserne, dans la station singinoise, sert dorénavant de centre de formation du service civil. Un autre monde

Une armée réduite en taille mais totalement équipée. Dès 2018, la réforme DEVA (Développement de l’armée) entre en vigueur. La troupe va abandonner un tiers de son parc immobilier pour une économie annuelle de 8,7 milliards de francs sur les coûts d’exploitation. Le Temps vous emmène cette semaine visiter ces sites que l’armée a quittés ou en est train de déserter, parfois dans la douleur, parfois pour le plus grand bonheur des autorités civiles. Première escale en terres fribourgeoises.

Un décor de carte postale

Une télévision à écran plat dans chaque chambre, des chambres avec vue sur les montagnes alentour, une salle de fitness, trois terrains de beach-volley, une salle de jeux, un bar, un espace silence, trois menus à choix dont un vegi, et plus encore: il est bien loin, le temps des casernes et des odeurs qui vont avec. Au lac Noir, ce sont dorénavant les civilistes qui occupent des lieux entièrement repensés et profitent de multiples activités. Depuis début 2016, près de 250 jeunes hommes y débarquent chaque semaine pour suivre des cours de formation. Dans cette station singinoise perchée à 1100 mètres d’altitude, ils bénéficient d’un décor de carte postale et d’installations modernes.

Deux nouveaux bâtiments modulaires en bois disposent de 156 chambres à deux ou quatre lits. Les anciennes structures ont été conservées et rénovées pour abriter les espaces communs, administratifs et de formation. «Le Campus Schwarzsee/Lac Noir est le plus grand hôtel du canton de Fribourg», exulte l’ancien conseiller d’Etat Erwin Jutzet (ci-dessus), qui a conduit le projet.

Gagnant-gagnant

Comme quoi, le redéploiement de l’armée sur un nombre de sites restreint ne fait pas que des malheureux. Au lac Noir, on peut même parler d’un partenariat gagnant-gagnant entre la Confédération et le canton. «L’endroit appartient à l’Etat de Fribourg. L’armée l’occupait depuis 1932, mais les troupes y venaient de moins en moins», raconte-t-il. Le contrat finalement résilié, les événements se sont précipités. «J’ai réfléchi à diverses solutions de reconversion, d’abord en lien avec le sport puisque les lieux s’y prêtent. Mais quand j’ai appris que le centre de formation du service civil devait quitter Schwarzenburg, j’y ai vu une belle opportunité et on a foncé», poursuit Erwin Jutzet.

Deux obstacles à franchir

On? Alors directeur de la Sécurité et de la justice, Erwin Jutzet a deux obstacles à franchir. D’autres cantons sont sur les rangs pour remplacer Schwarzenburg. Et celui qui l’emporte a deux ans pour remettre les clés à l’administration fédérale. Pierre Ecoffey (ci-dessus), ancien directeur de l’Etablissement cantonal d’assurance des bâtiments (ECAB) est appelé à la rescousse. Mission: tout faire au pas de charge. Colonel à l’armée, il connaît la musique. Après l’obtention par le Grand Conseil d’un crédit de 27 millions, il s’agit de faire avancer les demandes d’autorisations et les travaux. «Pour réussir, j’avais besoin d’un homme de terrain, ein Macher», précise Erwin Jutzet. Il ne croit pas si bien dire: Pierre Ecoffey a pris ses quartiers sur le site même. Il l’avoue: il avait parfois l’impression de devoir conduire un régiment!

Course contre la montre

Le haut gradé n’a pas la tâche facile. Car il a de nombreux interlocuteurs entre Berne et Fribourg. L’armée partie, aussi bien l’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL) que l’Organe d’exécution du service civil (ZIVI) sont impliqués dans le projet.

Avec les communes concernées et les entreprises, rien ne va de soi non plus. Schaerholzbau, entreprise lucernoise de constructions en bois, reçoit le mandat après un appel d’offres. Pointant une erreur dans l’attribution des points, Implenia fait recours. Un arrangement est finalement trouvé et le blocage du chantier est évité.

Une opposition lors de la mise à l’enquête donne également des sueurs froides à Pierre Ecoffey. Et pour couronner le tout, alors que l’année 2015 s’achève paisiblement, une inondation vient gâcher les fêtes. «C’était le matin de Noël, le 25 décembre 2015. Autant dire le pire moment. L’alarme s’est déclenchée. Un sertissage dans la tuyauterie avait lâché. Des dizaines de m³ d’eau s’étaient déversées. Dans un bâtiment conçu en bois, vous imaginez le désastre», se souvient Pierre Ecoffey. Le séchage des lieux est organisé manu militari. Et le 11 janvier 2016, les premiers civilistes arrivent. Enfin.

Le site pas encore totalement achevé

Au Campus Schwarzee/Lac Noir, les deux jeunes retraités sont chez eux. L’ancien conseiller d’Etat socialiste, qui avoue d’emblée n’avoir pas fait l’armée, est fier de montrer la salle qui porte son nom. Son acolyte se souvient de chaque détail, jusqu’aux discussions sur l’opportunité de servir du bircher muesli au petit-déjeuner.

Le site n’est pourtant pas entièrement achevé. Une triple halle de sport va encore être construite, afin que le Campus devienne aussi une Mecque du sport. Le crédit d’étude pour cette nouvelle phase du projet vient d’être accepté par le Grand Conseil. Les clubs sportifs, les écoles et autres associations seront bientôt également les bienvenus au lac Noir.

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