«Même si c'était un message codé destiné à rassurer l'aile droite des radicaux, l'attaque anti-gauche de Fulvio Pelli lors de son élection comme président du PRD n'était pas très habile!» En surface, Hans-Jürg Fehr garde encore une dent contre le Tessinois. Le président du Parti socialiste lui a fixé rendez-vous à la fin de la présente session pour «clarifier» les choses entre les deux formations gouvernementales. Reste que, passé les fâcheries épidermiques, les socialistes sont plutôt contents d'avoir un partenaire «d'envergure» pour échafauder ensemble des projets politiques. Paradoxe, la direction de l'UDC tient peu ou prou le même discours, louant la «fiabilité» de Fulvio Pelli. Il n'y a finalement que le PDC qui attaque déjà le nouveau patron des radicaux et ses prétentions à représenter le seul parti «novateur». Coup de sonde.

D'aucuns, dans la délégation parlementaire socialiste, auraient préféré que Georges Theiler l'emporte, que le PRD se moule dans les traces de l'UDC. «Cette vue à court terme est erronée, commente Jean-Philippe Jeannerat, porte-parole du PS. Pour réformer les structures de l'Etat sans payer un prix social insupportable, nous avons besoin de partenaires forts qui voient loin, mais autrement que l'UDC.» Pour le Biennois, Fulvio Pelli incarne «l'intelligence suisse type, avec son trilinguisme et une certaine élégance qui fera du bien au pays». Hans-Jürg Fehr apprécie, lui aussi, la personnalité du radical tessinois, sa disponibilité au compromis, son engagement environnemental, son inclination proeuropéenne.

On sent même au PS un désir d'alliance nettement plus prononcé avec les radicaux qu'avec les démocrates-chrétiens, partenaires naturels de la politique familiale. Deux raisons à cela: «D'abord, le PRD est plus fiable, lance Jean-Philippe Jeannerat. Ensuite, les radicaux des villes sont beaucoup plus proches de nos thèses sur les grands sujets de société. Sur Schengen et sur le partenariat enregistré, ce sont nos deux partis qui mènent la campagne.» Hans-Jürg Fehr renchérit: «Sur la drogue, la formation, l'égalité des chances, le PRD est notre meilleur allié.»

«Mais tant que la crise qui secoue les radicaux ne sera pas terminée, toute alliance déclarée sera impossible, avertit Jeannerat. Il n'est pas sûr que Fulvio Pelli réussisse à fédérer le parti. Le premier test décisif sera la taxe sur le CO2. Pelli y est favorable, mais son parti soutient aujourd'hui le centime climatique…» La politique budgétaire, la révision de la LAMal et l'asile demeurent les trois pommes de discorde majeures entre PS et PRD.

Président de l'UDC, Ueli Maurer affirme sans sourciller qu'il préfère avoir Fulvio Pelli comme interlocuteur que Georges Theiler: «Il est sans doute plus fiable, plus réaliste et plus substantiel. Contrairement aux idées reçues, nos rapports avec les radicaux se sont plutôt améliorés depuis octobre 2003, la gauche ne peut plus faire ce qu'elle veut.» Le Zurichois émet deux doutes: le nouveau président radical tiendra-t-il sa promesse de s'ancrer à droite? Et saura-t-il régner sur son parti?

Radical déçu devenu fer de lance de l'aile dure de l'UDC, le conseiller national argovien Luzi Stamm n'est pas du même avis que son chef. Pour lui, la victoire de Pelli accentue l'emprise qu'ont depuis dix ans les «proeuropéens de gauche» sur le PRD. «Comme dans un puzzle, cette obsession proeuropéenne conditionne toute la politique radicale», se désole Luzi Stamm, qui estime que la nomination de Fulvio Pelli est «bonne pour l'UDC, mais mauvaise pour le pays».

Au-delà des civilités d'usage sur la capacité au dialogue de Fulvio Pelli, les dirigeants du PDC sont presque aussi froids. La présidente Doris Leuthard se dit «étonnée» de la volonté affichée par son nouveau confrère radical de former une alliance bourgeoise: «L'histoire suisse montre clairement que les progrès politiques sont le résultat de discussions entre tous les partis gouvernementaux.»

Même constat sur la prétendue exclusivité radicale à pouvoir innover: «Seuls les actes comptent. Combien de femmes radicales au Conseil national? Cinq! Qui votera non aux allocations unifiées pour enfants? Le PRD! Qui proclame qu'il faut soutenir la formation et que l'on peut mieux combiner travail et famille, mais ne fait rien dans ce sens? Les radicaux! Et que font-ils pour faire baisser les prix en Suisse? Rien! Nous sommes peut-être conservateurs dans les valeurs que nous défendons, mais nous pensons que la liberté individuelle n'est pas l'unique baromètre de la société.» Et Dominique de Buman, vice-président, d'ajouter: «Il y a de la place pour les deux partis, il ne s'agit pas de faire une coalition avec les radicaux.» La lutte pour la primauté au centre droit s'annonce âpre…