L’accord signé lundi entre la Suisse et l’Allemagne va métamorphoser l’espace aérien du nord-est de la Suisse et l’aéroport de Zurich, et annonce de nouvelles empoignades politiques dans un dossier qui a empoisonné les relations entre Berne et Berlin durant au moins neuf ans.

Le texte, présenté lundi à Berne, prévoit une réduction des heures durant lesquelles les avions décollant et atterrissant à Zurich peuvent survoler le territoire allemand. «Ce qui est important, c’est qu’il n’y aura pas de limitation [du nombre] de vols», a déclaré la conseillère fédérale Doris Leuthard, qui qualifie la solution trouvée de «passable». «L’aéroport de Zurich-Kloten, réputé comme hub international, conserve sa capacité de développement économique, a-t-elle ajouté. Seules des tranches horaires seront aménagées pour régler les questions du bruit.»

Après des mois de négociations, l’Allemagne a abandonné son exigence de 80 000 survols au maximum au-dessus de son sol. Elle accepte aussi certains survols dès 6h30, contre 7h aujourd’hui, à partir de 2020 au plus tard. En contrepartie, les avions ne survoleront plus le sud de l’Allemagne à partir de 18h en semaine, contre 21h aujourd’hui. L’horaire de survol autorisé en semaine sera limité à 20h dès l’entrée en vigueur de l’accord.

Surtout, la Suisse s’engage, d’ici 2020 au plus tard, à prolonger les pistes de l’aéroport de Zurich afin de réorienter le trafic aérien sur l’axe est-ouest (et non plus nord-sud). Elle devra aussi étudier le déplacement de la zone d’attente Rilax, située au-dessus du sud de l’Allemagne, vers une zone moins peuplée. Une nouvelle approche, dite «coudée», de l’aéroport de Kloten par le nord-ouest, le long du Rhin et au-dessus de l’Argovie, redevient une «option envisageable» pour délester le ciel allemand.

Voilà qui annonce des discussions serrées entre les cantons qui devront accueillir le surplus de trafic ainsi engendré. L’Argovie a déjà annoncé qu’elle serait a priori hostile à l’approche «coudée», qui exposerait des régions jusqu’ici épargnées au bruit des avions, comme le Surbtal, au nord de Baden.

Autre lieu de résistance potentiel: Zurich. L’organisation de défense contre le bruit des avions DVFS estimait lundi que l’est zurichois serait la grande victime de l’accord, avec quelque 20 000 survols supplémentaires. Les concessions faites par Berne à l’Allemagne n’apportent «aucun avantage à la population suisse», accuse l’association.

Des réactions à prendre au sérieux, car les électeurs zurichois voteront certainement sur l’extension de l’aéroport. En 2003, l’opposition des Zurichois avait fait capoter un premier accord sur le bruit des ­avions, jugé trop favorable à l’Allemagne. Celle-ci avait alors décrété des interdictions unilatérales pour réduire les survols de son territoire.