Genève

L’accord fiscal est accepté par le PS mais soulève des tensions

L’assemblée générale du parti a dit oui au compromis sur l’imposition des entreprises négocié entre ses députés et la droite. Les jeunes socialistes crient à la compromission, la division guette

«On l’a vraiment fait jusqu’au bout!» Ton victorieux dans la bouche du député socialiste Romain de Sainte Marie, vendredi, au lendemain de l’assemblée générale du PS genevois. A 52 oui contre 36 non, celle-ci a validé le projet de réforme fiscale et de financement de l’AVS (RFFA) sur le volet cantonal, dont il est un des artisans. Négocié avec la droite, malgré l’abstention des Verts et le refus d’Ensemble à gauche, ce projet a finalement obtenu les faveurs de la base, après des débats très animés.

«Une grave compromission»

Ce résultat ne coulait pas de source, preuve en est la réaction des jeunes socialistes. Ils sont montés au créneau, le qualifiant de «grave compromission et de rupture claire avec les valeurs du parti». Pourtant, ce projet a arraché des concessions non négligeables à la droite: un rehaussement du taux unique d’imposition à 13,99%, contre 13,79% voulu par le Conseil d’Etat, soit une diminution des pertes fiscales de 350 millions de francs à 186 millions pour le canton; cette perte sera compensée par une hausse équivalente des subsides d’assurance maladie et la petite enfance se verra aussi gratifiée d’une aide. «Cette réforme maîtrisée limite la casse, estime Romain de Sainte Marie. Si on ne va pas de l’avant, c’est le projet de la ministre PLR Nathalie Fontanet qui risque de l’emporter, avec 430 millions de pertes fiscales. Et on perdrait les subsides supplémentaires.»

La Jeunesse socialiste ne l’entend pas de cette oreille. «A terme, ce projet aura pour conséquence des coupes dans les prestations sociales, affirme Thomas Bruchez. Il serait plus facile de se battre contre le plus drastique, celui du PLR.» Une opposition farouche qui le conduit à espérer un changement de mot d’ordre, ou à tout le moins une distanciation de certains socialistes.

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Une situation d'opposition

Même mauvais perdant, il peut déjà compter sur des appuis. Par exemple la conseillère administrative d’Onex Carole-Anne Kast, qui regrette sur un réseau social le manque de cohérence de son parti, lequel a pris position contre la RFFA fédérale et pour le volet cantonal. «Autant j’arrive à comprendre tous les points de vue de fond, autant je suis consternée qu’on se soit jeté dans la contradiction avec autant de délectation. Vraiment, ça va être super, ces prochaines fédérales: la gauche divisée, le PSG divisé, tout ça alors que le PLR nous offre tout sur un plateau d’argent!» Ce dernier point devrait mettre tout le monde d’accord. Car le PS aurait en effet tout à gagner de «l’affaire Maudet» qui ronge le parti bourgeois, pour peu qu’il parte uni. Les Verts n’ont pas encore fait connaître leur position. A Berne, le référendum fédéral contre la RFFA a été déposé jeudi.

Alors que gauche et droite, une fois n’est pas coutume, ont réussi à tomber d’accord sur le plus petit dénominateur commun, voici que les dissensions, dans un réflexe pavlovien, menacent de l’emporter. Pour Romain de Sainte Marie, cette opposition idéologique est contraire au vœu de la population: «Depuis six ans, il n’y a pas eu beaucoup d’avancées à Genève, à cause des clivages. Les citoyens attendent désormais de l’efficacité politique et non des oppositions de principe.» C’est aussi l’avis des députés de droite, qui ont lâché du lest pour parvenir à ce compromis. Le Grand Conseil se prononcera la semaine prochaine sur cette réforme fiscale. Et les Genevois le 19 mai.

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