Climat

L'accord de Paris sur le climat passe son premier test en Suisse

Au terme d'un débat haut en couleur, le Conseil national accepte de ratifier l'accord conclu fin 2015 à Paris. Mais il a failli revoir les objectifs helvétiques à la baisse

Le Conseil national approuve l'accord de Paris sur le climat. Non sans mal. L'UDC a tenté de torpiller la ratification par la Suisse de cet accord, conclu en décembre 2015 dans la capitale française. Elle n'admet pas que des objectifs puissent être fixés sans connaître les mesures à prendre pour les atteindre et leurs conséquences financières. Seule contre tous, elle a échoué face à un Parlement convaincu de la nécessité d'agir. 

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Par contre, l'UDC et le PLR ont ensuite tenté de revoir les ambitions helvétiques à la baisse. A Paris, le Conseil fédéral a annoncé qu'il envisageait une réduction de 50% des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 par rapport au niveau de 1990. La droite a plaidé pour un objectif de 40%. Par 104 voix contre 87, le Parlement a finalement accepté la version qui lui était soumise, évitant à la Suisse un «geste catastrophique pour son image», selon Adèle Thorens (Verts/VD). «La Suisse a été le premier pays à annoncer ses objectifs, elle aurait aussi été le premier pays à les réduire», explique la conseillère nationale. 

Dans le débat, le pet des vaches...

Le débat qui s'est déroulé jeudi matin a connu quelques envolées épiques. Il a été question de la fonte des glaciers mais aussi des pets de vaches, de la mise à mort des grenouilles, des faits alternatifs, des femmes illettrées du Burkina Faso et de l'islam radical. Qui a dit quoi? Dans l'ordre, Toni Brunner (UDC/SG) est revenu sur l'application de l'accord en Suisse. Les mesures à prendre feront l'objet d'un autre débat. Elles sont définies dans la loi sur le CO2, en cours d'élaboration.

Et dans l'agriculture? Soit on interdit l'élevage de bétail, soit on interdit aux vaches suisses de roter et de péter

Toni Brunner

Toni Brunner craint de nouvelles taxes, des tracasseries diverses, l'imagination débordante de l'administration, le coût de la réfection des bâtiments. «Et dans l'agriculture? Soit on interdit l'élevage de bétail, soit on interdit aux vaches suisses de roter et de péter». L'UDC s'est également demandée si le réchauffement climatique n'était pas un de ces «faits alternatives», comme la mort des forêts.

... et la cuisson des grenouilles

La cuisson des grenouilles est une image utilisée étonnamment par un écologiste. Bastien Girod (Verts/Zurich) s'explique: «Quand on jette une grenouille dans de l'eau bouillante, elle se débat pour sortir. Quand on la met dans de l'eau qui chauffe gentiment, elle reste». Tout ça pour reprocher à l'UDC de vouloir sortir du bocal, et donc de torpiller l'accord.

Isabelle Chevalley (Verts'Libéraux/VD) a convoqué les femmes burkinabés, qui travaillent dans les champs. «Elles sont illettrées. Mais lorsqu'on les interroge sur leurs préoccupations, elles ne parlent pas de l'accès à la santé mais des dangers des changements climatiques!». La Vaudoise a aussi ramené l'islam radical dans le débat sur le climat. Les investissements nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre sont estimés à près de 600 millions de francs suisses. La Suisse importe chaque année pour 10 milliards de francs d'énergies fossiles. «Autant d'argent destiné à des pays qui sont le nid de l'islam radical», lance la conseillère national qui a conclu son exposé par un vibrant «Switzerland first».

D'autres parlementaires n'ont pas manqué de faire le rapprochement entre la position de l'UDC et celle de Swissoil, l'association nationale des négociants en combustibles. Les deux ont un point commun: «Elles ont le même président: Albert Rösti», a lancé Beat Jans. 

La présidente de la Confédération Doris Leuthard a tenté de ramener la balle au centre, rappelant le travail fourni pour conclure un accord à Paris, l'engagement de la communauté internationale, les coûts et les risques de l'inaction pour la Suisse, etc... Le premier round de jeudi matin lui a permis de prendre la température avant de défendre la loi sur le CO2, qui promet de belles empoignades.

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