Habituellement, le député Dominique Kohli, président du Parti libéral vaudois (PLV), s'exprime en termes mesurés. Mais cette fois il explose. «C'est une convention félonne!», s'exclame-t-il à la lecture de l'accord salarial 2005-2008 conclu jeudi entre le Conseil d'Etat et la Fédération des sociétés de fonctionnaires (FSF).

La colère du libéral est due non pas aux concessions salariales que le gouvernement a dû faire pour que la négociation aboutisse, mais bien à la clause sur la caisse de pension figurant dans cet accord. Selon cet article, l'intégralité des mesures qui seront prises dans la prochaine réforme de la caisse de pension doit servir à assurer la pérennité de la caisse, et non permettre à l'Etat de réaliser des économies. Autrement dit, il se peut que les partenaires soient amenés paritairement à augmenter le montant de leurs cotisations, mais il est exclu de profiter de la réforme pour rééquilibrer en faveur de l'Etat une répartition de la charge actuellement très favorable aux fonctionnaires (16/9).

«Je suis catastrophé de voir que le gouvernement prétend ainsi mettre le parlement hors jeu pendant trois ans», souligne le président libéral. Le parti avait justement mis ce rééquilibrage au rang de ses objectifs, estimant qu'il fait partie des grands chantiers permettant de rétablir les finances cantonales. Il réfléchit donc aux moyens de reprendre prise sur le dossier et de contrer ce «bétonnage.» «C'est la ligne rouge qu'il ne fallait pas franchir et je crains que cela ne rende l'entente encore plus difficile au sein du centre droit», ajoute Dominique Kohli.

Tout en étant majoritaire dans le canton, le camp bourgeois est en effet déjà profondément divisé entre ceux qui soutiennent la politique de concertation du gouvernement et du patron des Finances, Pascal Broulis (la majorité des radicaux sont dans ce camp), et ceux qui voudraient imposer un cap plus droitier à la ligne gouvernementale (libéraux et UDC surtout).

Comme un écho ironique à l'indignation libérale, le Parti radical a publié vendredi un communiqué réjoui sur l'accord salarial et l'amélioration des recettes fiscales annoncée la veille également (LT du 29.10.2004), «deux nouvelles positives qui permettent d'approcher l'équilibre financier dans le respect de la paix sociale». «Les caisses de pension étant mises à mal, il faut assurer en priorité leur solidité, procéder par étapes et ne pas brouiller les cartes», précise le nouveau président des radicaux vaudois, Claude-André Fardel. Alors que les libéraux vont démontrer sans doute une détermination renforcée à combattre toute nouvelle pression fiscale (voir encadré), le Parti radical soutient le gouvernement dans sa volonté de maintenir la totalité des mesures destinées dans le projet de budget 2005 à assainir les finances, sans modifier l'équilibre de deux tiers d'économies et d'un tiers de nouvelles recettes.

A l'opposé des libéraux, la Fédération des sociétés de fonctionnaires (FSF), le seul des trois syndicats qui ratifiera la convention conclue jeudi, se félicite d'avoir désormais «par écrit» un engament du Conseil d'Etat à ne pas faire de la réforme de la caisse de pensions une opération d'économies. Jean-Marc Haller, l'un de ses négociateurs, estime que l'on ne doit pas «profiter de la crise financière pour changer les règles du jeu».

Ce n'est pourtant pas le premier élément que la FSF mettra en avant ces prochains jours pour convaincre que l'accord est le moins mauvais possible. La convention a d'abord permis de sauver l'essentiel (80%) des augmentations annuelles, que le gouvernement voulait supprimer entièrement pour les trois prochaines années. Une contribution de crise de 2% devra être acquittée sur les tranches de salaires dépassant les 60 000 francs. La solidarité des plus âgés et des mieux payés sera mise à contribution (25 francs par mois en moyenne, pendant trois ans, pour un salaire annuel de 100 000 francs, selon un calcul FSF), alors que dans le projet initial, ce sont les jeunes qui étaient frappés de plein fouet.