L’idée est venue d’un industriel zurichois, Edwin Bollier. Après le déclenchement de la crise libyenne, ce fabriquant d’équipements militaires et de matériel de renseignement a contacté le Département fédéral des affaires étrangères pour suggérer d’accueillir en Suisse l’auteur de l’attentat de Lockerbie, Abdelbaset Ali al-Megrahi, a révélé mercredi soir l’émission Rundschau de la TV alémanique.

Edwin Bollier raconte qu’il a pris l’initiative d’écrire à Micheline Calmy-Rey après avoir appris qu’al-Megrahi souffrait d’un cancer de la prostate. Il s’est dit que l’accueil en Suisse, à titre humanitaire, de cet homme gravement malade pourrait permettre d’apaiser le conflit opposant la Suisse à la Libye.

Dans une prise de position adressée à Rundschau, le DFAE confirme qu’Edwin Bollier a été reçu pour un entretien. «Dans la foulée, les instances responsables du DFAE ont examiné de quelle manière et jusqu’à quel point l’idée d’Edwin Bollier pourrait être concrétisée.» Selon Edwin Bollier, le DFAE aurait évoqué l’hypothèse d’une «solution globale» et serait entré en matière sur sa proposition. Le département conteste cependant cette version, officiellement pour des raisons juridiques. «L’accord bilatéral entre la Libye et la Grande-Bretagne concernant l’échange de détenus ne prévoit pas l’intervention d’un Etat tiers», écrit-il dans sa prise de position. Edwin Bollier affirme cependant que sa visite au DFAE, qu’il situe le 29 octobre 2008, aurait permis de relâcher sept autres Suisses retenus jusque là en Libye.

Pour le piquant de l’affaire, il se trouve qu’Edwin Bollier n’est pas n’importe qui. Selon Rundschau, cet industriel aurait travaillé pour la République démocratique allemande et pour la Libye. Un des équipements électroniques produit par son entreprise aurait même été utilisé pour la bombe qui a fait exploser l’avion de la PanAm au-dessus de Lockerbie en 1988, une thèse qu’Edwin Bollier a toujours réfutée.