Contre Christian Pidoux, «le véritable cerveau du rapt de Stéphane Lagonico», dépeint comme un as du poker menteur, un garçon mû par la jalousie et par la haine, le procureur général Jean-Marc Schwenter a requis lundi une peine de 12 ans de réclusion. Si le premier fut la tête pensante de cette affaire, Pascal Schumacher en fut la voix, estime le magistrat. Pour cette voix qui a fait des dégâts irréversibles lors des demandes de rançon, le Ministère public a demandé une peine de 10 ans et sollicité l'arrestation immédiate de l'accusé. Cette mesure, à laquelle s'est opposé Me Dominique Warluzel, a finalement été rejetée par le Tribunal correctionnel. En entendant les premières conclusions de ce réquisitoire fleuve, et ce n'est pas le moindre paradoxe de ce procès, Carmela Lagonico a quitté la salle, effondrée. Comme si l'ampleur du gâchis prenait alors sa véritable dimension.

Avant les six heures qu'a duré l'intervention du Parquet, Me Eric Stoudmann, représentant les parties civiles, a ouvert le feu en détaillant sa conviction. Celle-ci est identique à celle du procureur général et fait de Christian Pidoux l'organisateur unique et jamais débordé de cette prise d'otage. Pour l'avocat, il y a l'état-major, soit le trio Pidoux, Schumacher et Pastori. Viennent ensuite les intermédiaires, sergent recruteur et agent de liaison. Enfin, la troupe formée des hommes de main. Entre les deux thèses qui opposent ces différents protagonistes et qui constituent l'enjeu principal de ce procès, plaignants et accusation choisissent celle des exécutants. Selon eux, Christian Pidoux n'a jamais été contraint d'agir au-delà de sa volonté initiale par des comparses devenus incontrôlables. Au contraire, l'idée de la rançon apparaît dès l'origine de son projet tel qu'il l'avait confié à des amis. Comment cette prise d'otage aurait-elle échappé à celui qui l'a planifiée, organisée, ratée, réitérée depuis des semaines? A l'invraisemblance de la version de Christian Pidoux, Me Eric Stoudmann tout comme le procureur général en appellent à la raison et à la logique. Deux paramètres qui font pourtant grandement défaut dans ce dossier des plus embrouillés.

Christian Pidoux était le patron, Pascal Schumacher le fidèle lieutenant et Katia Pastori l'associée, mue par le désir puéril d'être considérée comme une petite princesse, ajoute Me Stoudmann. La famille Lagonico demande une reconnaissance de sa souffrance et de sa douleur. «Elle aimerait pardonner mais la blessure est toujours ouverte et la confiance n'est pas revenue. Comprenez-les. A cause de vous, ils ne sont plus tout à fait eux-mêmes», a conclu l'avocat en s'adressant aux treize accusés.

Le procureur général a de son côté requis des peines allant de 15 mois de prison avec sursis à 12 ans de réclusion, le maximum que peut infliger le Tribunal saisi. «Mes conclusions sont dépourvues de haine, de vengeance ou de tout esprit de surenchère. C'est le juste prix pour ce marchandage odieux. Une facture assez dissuasive pour que la société garde l'espoir que cela n'arrive plus», a relevé Jean-Marc Schwenter. Contre Katia Pastori, qui s'est engagée par amour mais aussi par amour de la belle vie et du soleil bon marché, qui a eu le tort suprême de réclamer le solde de la rançon par téléphone, le Parquet a demandé une peine de 4 ans. Seuls trois accusés, Marc Pidoux, le jeune frère de Christian, relégué au second rang de complice pour avoir tenté de calmer la grogne des exécutants encore impayés, un Kosovar mis devant le fait accompli et quasi contraint d'héberger l'otage à son domicile ainsi qu'un Suisse membre de l'équipe des essais manqués, devraient bénéficier de peines compatibles avec le sursis, conclut l'accusation. Contre six autres prévenus, les condamnations réclamées vont de 3 à 10 ans de réclusion. Le dernier, Naïm, dépeint comme le chef du commando, celui qui a montré la plus grande détermination, devrait selon le procureur général écoper de la même peine que «le cerveau». A une différence près. «Si Christian Pidoux n'avait pas une responsabilité moyennement diminuée, il aurait été traduit devant une Cour criminelle et j'aurais demandé 18 ans de réclusion», précise encore Jean-Marc Schwenter. Tout en ajoutant que le parcours chaotique des intéressés n'excuse en rien la gravité de cette affaire, tout au plus explique-t-il en partie le passage à l'acte.

Le procès se poursuit avec les plaidoiries de la défense. Les avocats du trio s'exprimeront en dernier.