Dogu Perinçek n'a pas le profil habituel des négationnistes de la Shoah. Leader d'une formation d'inspiration maoïste, le Parti des travailleurs, ce sexagénaire est un vieil habitué des luttes, des tribunaux et de la prison. Emprisonné après le coup d'Etat militaire de 1971, puis à nouveau en 1998 sous l'accusation de soutien au PKK, il a obtenu deux fois la condamnation de son pays à Strasbourg.

Sa campagne très déterminée de négation du génocide de 1915 s'inscrit dans une rhétorique anti-impérialiste aux accents ultranationalistes.

Il analyse les efforts menés au niveau international pour amener la Turquie à reconnaître le génocide comme un élément d'un plan américain visant, en dernier ressort, au démembrement de son pays. Une crainte qu'il n'est pas seul à ressentir en Turquie et que la montée en puissance du Kurdistan irakien après l'invasion américaine ne fait rien pour apaiser.

Si l'écho politique du Parti des travailleurs est très modeste, une grande majorité de Turcs partagent sa position sur la question du génocide et le comité Talaat Pacha, du nom du ministre qui a fait passer la loi de déportation des Arméniens, qui le soutient, comprend des personnalités de tous les bords.

Les hésitations de l'Europe sur l'adhésion turque ont fait remonter en puissance la question du génocide. L'assassinat au mois de janvier du journaliste et poète arménien Hrant Dink par un extrémiste a par ailleurs suscité un débat national sur la question du nationalisme.

Dogu Perinçek s'est encore distingué dans cette affaire: pour lui, ce sont les Etats-Unis qui ont armé la main de l'assassin -pour diviser, en Turquie, Turcs et Arméniens.