«C’est la première fois que nous soutenons une action d’aide sociale de cette envergure en Suisse», pointe Catherine Baud-Lavigne, directrice adjointe de la Chaîne du bonheur. Les collectes de dons organisées par sa fondation profitent généralement aux victimes de guerre et de conflits ou servent à financer des programmes de reconstruction suite à une catastrophe naturelle. «Mais face à la gravité de la situation, nous avons reçu de nombreux messages de donateurs qui nous demandaient ce que nous comptions faire en Suisse.»

Les mailles du filet social

Après en avoir discuté avec l’équipe, la direction décide d’agir et contacte quatre organisations non gouvernementales (ONG) pour s’assurer que cet argent sera «bien utilisé et dans tous les cantons». L’objectif: venir en aide aux personnes qui se trouvent dans une situation précaire due à la propagation du nouveau coronavirus. Avec cet appel aux dons, est-ce que la Chaîne du bonheur ne se substitue pas au rôle de la Confédération? «Nous traversons une crise économique et sociale sans précédent, répond-elle. Certains citoyens recevront des aides de l’Etat, d’autres non. Ceux-là passent entre les mailles du filet social et sont dans un désarroi absolu.»

Ainsi, les associations sélectionnées par la fondation sont la Croix-Rouge suisse, Caritas, OSEO – Œuvre suisse d’entraide ouvrière – et Pro Senectute. «En temps de crise, ce sont toujours les pauvres qui sont les plus touchés, rappelle la directrice adjointe. Ces ONG leur fourniront des biens matériels et alimentaires, mais aussi une aide financière qui leur permettra de traverser cette période difficile.» Même si la répartition des dons relève de «la cuisine interne» de la Chaîne du bonheur, «ce qui est certain, c’est que grâce à eux nous multiplierons les ressources des ONG», déclare Catherine Baud-Lavigne.

Plus de 6 millions de dons

«C’est nouveau pour nous, confie-t-elle. Non seulement nous devons agir pour aider des citoyens partout dans le pays et non pour une crise à l’étranger, mais en plus nous devons tout organiser par téléphone ou visioconférence. La pression sur nos épaules est énorme.»

Confinés dans leurs domiciles, les 15 membres de la Chaîne du bonheur ne pourront s’appuyer ni sur un centre d’appels ni sur des bénévoles pour collecter des dons. La fondation recommande alors aux intéressés de recourir à un paiement en ligne. «Nous ne voulons pas inciter nos donateurs à se rendre à un guichet de La Poste pour payer leur bulletin de versement.» Le bulletin orange reste toutefois un canal privilégié pour les donateurs. «Nous en avons imprimé et mis sous pli plus d’un millier ce jeudi matin», indique Catherine Baud-Lavigne.

Lancé ce lundi 23 mars, l’appel aux dons semble avoir été bien entendu: les entreprises Groupe Mutuel et Lindt & Sprüngli ont chacune versé 1 million de francs, une bijouterie de Morges va leur offrir 20% de son chiffre d’affaires réalisé en ligne, des sociétés organisent des collectes auprès de leurs salariés et s’engagent à doubler le montant total et les donations des particuliers ou petites entreprises dépassent déjà les 5 millions. 

La Chaîne du Bonheur envisage d’ouvrir prochainement cette collecte à d’autres ONG qui viennent en aide aux personnes handicapées, aux sans-abri et aux femmes victimes de violences conjugales.