Décidément, Adolf Ogi n'est pas près de prendre sa retraite publique. Après avoir annoncé mercredi son entrée prochaine à l'ONU, comme conseiller de Kofi Annan en matière de sports, et sa candidature au CIO, l'ancien chef du Département de la défense (DDPS) a avoué jeudi dans le Blick qu'il était en discussion avec le patron du Forum de Davos, Klaus Schwab, sur le lancement d'une fondation destinée à promouvoir les entreprises respectant des standards sociaux élevés. Des mandats caritatifs pourraient venir s'y ajouter. Sans oublier son intérêt affiché pour l'aventure Eurofoot 2008 en Suisse et en Autriche.

Logique

Est-ce à dire que le citoyen de Kandersteg a tourné définitivement le dos au landerneau politique suisse? Que nenni. Adolf Ogi fait savoir à tous vents qu'il est «à disposition» pour promouvoir activement l'adhésion de la Suisse à l'ONU dans la perspective de la votation à venir en 2002. Un engagement qui serait parfaitement logique au vu de ses nouvelles fonctions auprès de Kofi Annan. Et peut-on rêver meilleur vendeur de la cause onusienne à l'opinion publique suisse?

Le souhait pressant d'Adolf Ogi de tenir un rôle en vue aussi dans la campagne pour la votation du 10 juin sur la révision partielle de la loi militaire est, elle, beaucoup plus problématique et ce à plus d'un titre. Il interviendrait en effet en tant que «simple» ex-ministre de la Défense. En violation complète donc du principe non écrit qui veut que les retraités du Conseil fédéral s'astreignent à un devoir de réserve, a fortiori dans les mois suivants leur départ. Cet engagement serait d'autant plus étonnant qu'en choisissant de se retirer du Conseil fédéral pour fin 2000, Adolf Ogi avait précisément donné l'impression de vouloir esquiver un énième psychodrame avec son propre parti, majoritairement opposé à l'envoi de soldats armés à l'étranger. Au DDPS, on est du reste manifestement ennuyé par les piaffements de l'ancien chef de la maison. Si officiellement on s'en réjouit, en pratique, sa participation comme orateur n'a été agréée jusqu'ici que dans le cadre de deux manifestations de troisième zone (devant la section argovienne de l'Union syndicale suisse et l'UDC d'Emmen (LU)).

Parmi les poids lourds de la commission de sécurité du Conseil des Etats, les appels à Adolf Ogi à se tenir à l'écart de la campagne fusent. Pour son vice-président Fritz Schiesser (rad./GL) par exemple, un engagement public d'Adolf Ogi sur l'envoi des soldats suisses à l'étranger paraît «à peine concevable si peu de temps après sa sortie du Conseil fédéral. Il doit réaliser qu'il n'est plus conseiller fédéral et laisser les mains libres à Samuel Schmid.»

Et c'est bien là que réside le véritable problème. En s'engageant dans la campagne, il est tout sauf certain qu'Adolf Ogi rende service aux partisans de la révision. «Je ne crois pas qu'Adolf Ogi s'engagera car cela profiterait à l'évidence aux milieux référendaires», diagnostique le président de l'UDC, Ueli Maurer, avec un rire incrédule. Loin d'être complémentaires, les discours superposés de Samuel Schmid et d'Adolf Ogi risquent en effet de brouiller le message à l'opinion durant la campagne. «Adolf Ogi avait fait de l'envoi des soldats armés à l'étranger une question cruciale pour l'avenir de l'ensemble d'Armée XXI. Samuel Schmid est lui clairement d'avis qu'un éventuel non n'en saperait pas les fondements», résume le conseiller aux Etats Hans-Rudolf Merz (rad./AR). Alors qu'Adolf Ogi insistait sur l'imbrication de la nouvelle politique de sécurité dans le contexte international, Samuel Schmid s'appesantit avant tout sur le maintien des concepts traditionnels de la politique de défense suisse. On a peu entendu Samuel Schmid sur l'idée révolutionnaire d'«avant-terrain opératif» alors qu'il est intarissable sur le maintien de la neutralité et de la milice. Et il écarte sans la moindre équivoque une adhésion à l'OTAN à vues humaines.

Allié encombrant

De manière plus générale, Adolf Ogi est un allié encombrant pour Samuel Schmid. Le Seelandais déploie des efforts incessants depuis son arrivée au pouvoir pour accréditer l'idée qu'une nouvelle ère a commencé au DDPS. Tant qu'il y parviendra, il restera difficilement attaquable frontalement par le camp blochérien qui ne rêve que d'un faux pas de sa part pour en faire une sorte d'«Ogi II», soit un électron marginal au sein du parti, humiliable à souhait.