Genève a mal à sa télévision. Après le Conseil des Etats, le Conseil national a ce mercredi à son tour refusé (par 93 votes contre 67 et 26 abstentions) d’intervenir en faveur du canton, qui désirait garder les caméras de l’actualité au bout du lac. La diversité d’opinion et la décentralisation, oui. S’immiscer dans l’indépendance de la SSR, non. La réunion de l’information radio et TV à Ecublens d’ici à 2024 peine cependant toujours à convaincre la République, du côté des employés comme de celui des politiques.

«Je pense que c’est plié»

Fin 2018, la SSR annonçait le départ d’une partie des activités genevoises vers Lausanne et de la radio alémanique de Berne à Zurich. Cela «afin de diminuer les coûts tout en préservant l’emploi et les programmes». S’ensuivait une levée de boucliers, notamment à Genève, où le Grand Conseil déposait l’année suivante au parlement fédéral une initiative pour demander l’intervention des Chambres: «Pour un meilleur équilibre des activités audiovisuelles de la RTS en Suisse romande, le maintien à Genève de l’actualité télévisuelle et le maintien à Berne de l’activité radiophonique.» Sous pression, la SSR faisait machine arrière sur ce dernier point. Restait la question genevoise.

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Ce mercredi, quelques minutes avant le débat, les conseillers nationaux genevois voulaient encore y croire. «Je pense que c’est plié mais il faut se battre jusqu’au bout», soulignait Christian Lüscher (PLR). Quelques minutes plus tard, il était à la barre: «Est-il raisonnable, en pleine crise du covid, de dépenser 100 millions pour déplacer la RTS d’un canton à un autre? D’autant qu’on voit que le télétravail fonctionne bien. A-t-on besoin d’un immeuble de cette taille?» Sa concitoyenne socialiste Laurence Fehlmann Rielle (GE) abonde dans son sens: «Pensez-vous vraiment que concentrer les rédactions sur un site va enrichir l’information?» Derrière son pupitre, le rapporteur de commission tessinois Lorenzo Quadri (UDC) répond honnêtement: «Non. Mais ça relève de l’autonomie de la SSR.» Et c’est cet argument qui l’emportera.

Et maintenant?

La décision a été reçue de manière glaciale. D’autant plus que les détails de l’opération demeurent rares. «La casse sociale annoncée, une perte de 300 emplois sur Genève, justifierait que les autorités du canton rendent publiques les promesses de la direction RTS à leur égard», demande le Syndicat suisse des mass media (SSM). Le service public a en effet toujours assuré qu’une partie de ses activités, notamment l’actualité magazine, resterait au bord de l’Arve. «Mais jusqu’ici nous ne sommes sûrs de rien», déplore le conseiller national Matthias Aebischer (PS/BE), ancien journaliste ancré dans le camp fédéraliste genevois.

Présidente du Conseil d’Etat genevois, Anne Emery-Torracinta partage sa méfiance: «Malgré les engagements de la RTS envers Genève, dont la concrétisation est toujours attendue, le Conseil d’Etat s’est toujours opposé à cette centralisation des rédactions qui ne repose sur aucun projet éditorial réfléchi. Nous prenons acte de la décision, toutefois une moitié de conseillers nationaux ont approuvé l’initiative ou se sont abstenus et ne suivent donc pas la RTS dans son projet de déménagement. Ce scepticisme doit pousser la RTS à repenser son projet sur la base de nouvelles orientations.»

Le service public a quant à lui salué la décision, qui lui permettra, dit-il, «de mettre en œuvre les processus de réformes et d’économies prévus avec la marge de manœuvre organisationnelle nécessaire». Quant aux détails de l’opération, sa porte-parole n’en donnera pas: «Le téléjournal déménagera à Lausanne, ainsi que l’un ou l’autre des magazines associés à l’actualité. Le choix n’a pas encore été arrêté.»

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