Pascale Bruderer a longtemps cumulé les superlatifs: plus jeune élue au parlement de Baden en 1997 à l’âge de 20 ans, benjamine du Conseil national cinq ans plus tard, plus jeune présidente du Conseil national en 2009, à 32 ans. Pas surprenant, dès lors, qu’elle ait déjà une longue carrière derrière elle à 40 ans, âge auquel elle a décidé de quitter la politique. La socialiste l’a annoncé jeudi soir lors d’une réunion de son parti à Spreitenbach: elle ne se représentera pas au Conseil des Etats lors des prochaines élections en 2019.

«C’est vraiment un adieu»

La décision surprend, après un parcours fulgurant encore plein de potentiel. Le nom de Pascale Bruderer circule parmi les papables à la succession de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga dans les six ans à venir. Une possibilité que l’intéressée exclut aujourd’hui: «C’est vraiment un adieu à la politique, a-t-elle affirmé devant ses camarades de parti. Il y a d’autres choses dans la vie.» La quadragénaire souhaite se réorienter. Sur le destin qu’elle s’imagine après la fin de son mandat en 2019, elle n’en dit pas davantage: «J’ai beaucoup d’idées mais pas de plans concrets. Je vais m’investir à fond durant la dernière année de ma législature.»

«Elle s’est lassée»

«C’est une grande perte pour le parti», souligne Roger Nordmann. Surtout pour sa section argovienne, qui n’avait pas réussi à placer un seul candidat à la Chambre des cantons pendant 63 ans, avant l’élection de Pascale Bruderer en 2011. Le conseiller national, président du groupe PS au parlement, ne tarit pas d’éloges sur l’Argovienne, «une politicienne à la fois charismatique et capable de fédérer, solide et très sérieuse lorsqu’il s’agit de se plonger dans un dossier complexe, comme la Prévoyance 2020 ou la stratégie énergétique. C’est un talent exceptionnel.» Un talent que le PS a échoué à garder dans ses rangs? «Non, rétorque Roger Nordmann, Pascale Bruderer nous a bien dit qu’il s’agissait d’une décision personnelle, que je comprends tout à fait. Le travail parlementaire est très astreignant, au bout de vingt ans elle s’est lassée.»

Une perte pour l’aile droite du parti

Lassée de ferrailler avec son propre parti? Le départ de l’Argovienne ne déplaira sans doute pas aux socialistes les plus puristes. Pascale Bruderer avait fondé, avec le conseiller aux Etats zurichois Daniel Jositsch et d’autres élus alémaniques, un groupe de réformateurs déterminés à secouer un parti trop gauchisant à leur goût.

Lire aussi: L’aile sociale-libérale du Parti socialiste fait son coming out

Ces «pragmatiques» défendent la liberté et la responsabilité individuelle face à l’Etat, louent l’entrepreneuriat et appellent à une modernisation du discours de gauche, tout en réaffirmant certaines valeurs intangibles: protection sociale, accès à l’éducation publique ou encore partenariat social. Pas plus tard que la semaine dernière, ils présentaient à Berne leurs propositions en matière de politique de sécurité: contrairement au parti suisse, ils soutiennent par exemple l’achat d’avions de combat pour l’armée. Le PS ne peut renier cette aile droite, précieuse pour chasser des voix sur les terres centristes. Mais ces avocats de la Realpolitik restent en position minoritaire au sein du parti. Et ils viennent de perdre un de leurs moteurs.

Populaire

A Berne, on se souviendra de Pascale Bruderer pour la défense des droits des personnes handicapées. Son réseau n’a pas de couleur politique, et la socialiste a su se faire apprécier à droite comme à gauche. Désignée «politicienne de l’année» en 2010, elle a aussi fait partie du Young Global Leader, un réseau mondial de jeunes talents mis sur pied par le fondateur du World Economic Forum (WEF), Klaus Schwab. Son nom est apparu plus récemment dans les pages people après sa séparation avec son mari l’an dernier: le couple a décidé de continuer à vivre sous le même toit à Nussbaumen, avec leurs deux filles, nées en 2011 et 2014.

Au cours de ses mandats législatifs, l’Argovienne n’a jamais complètement abandonné ses activités professionnelles. Après ses études de science politique, elle a été cheffe de projet chez Microsoft, avant de présider la section argovienne de la Ligue suisse contre le cancer, jusqu’en 2012. En 2008, elle fonde avec sa sœur Machs! Gmbh, une société de conseil en communication qui propose ses services à des organisations non lucratives.

Lire aussi: Le PS en proie à ses vieux démons