Le parquet genevois s’intéresse de près au Service transports, voirie et espaces verts (STVE) de la ville de Carouge. En marge d’un audit des ressources humaines de cette commune, la Cour des comptes a annoncé mardi avoir alerté le Ministère public au sujet des dysfonctionnements d’un service. L’organe de contrôle s’est en effet laissé dire que «plusieurs cadres utilisent, pendant et hors des heures de travail, le matériel et les installations de la ville de Carouge à des fins privées» et «font effectuer des travaux privés aux collaborateurs du service, pendant les heures de travail». Selon Stanislas Zuin, magistrat chargé de l’audit, les faits allégués sont «susceptibles d’être constitutifs d’infractions pénales telles que l’abus d’autorité ou la gestion déloyale des intérêts publics». Sur 67 rapports rendus, ce n’est que la troisième fois que la Cour des comptes trouve matière à saisir la justice.

Maire de Carouge et magistrat de tutelle du STVE, Nicolas Walder révèle que le procureur général Olivier Jornot a débarqué en personne au sein du service lundi. «Il y a passé la matinée et a ensuite emporté des cartons de documents», raconte l’écologiste. Et de poursuivre: «Je n’avais personnellement eu aucun élément à ce sujet. Tout au plus remarquions-nous que ce service était le plus réticent face aux réformes des ressources humaines. Les personnes visées sont en place depuis au moins dix ans», signale celui qui a accédé à l’exécutif de la cinquième ville genevoise mi-2011. Jugeant les constats de la cour «alarmants», le Conseil administratif carougeois n’a prononcé aucune suspension pour l’heure. Il a en revanche mandaté l’ancien directeur général des finances cantonales, Moreno Sella, pour investiguer le cas afin de fonder «les suites administratives qu’il conviendra de donner».

L’UDC, qui avait sollicité en 2012 cet audit de la Cour des comptes, réagit pour sa part en dénonçant la passivité de l’exécutif communal (entièrement de gauche depuis les élections de 2011). La section carougeoise du parti exige «la démission du Conseil administratif de la Ville de Carouge in corpore de ses fonctions à l’issue de l’enquête du Ministère public si les faits signalés par la Cour des comptes s’avèrent exacts».

La Cour des comptes dit, pour sa part, n’avoir pas corroboré les accusations de népotisme qui avaient mené l’UDC à tirer la sonnette d’alarme. Une enquête de satisfaction mandatée par la cour auprès du personnel montre que le STVE est le secteur de l’administration communale où le sentiment d’inégalité de traitement est le plus prononcé. La cour relève que des indemnités de piquet en cas de neige n’y sont accordées qu’aux quatre cadres alors que le reste du personnel peut aussi y être astreint. L’audit pointe en outre divers flottements en matière de recrutement et des erreurs non corrigées dans les paies et les calculs d’annuités.