«On met des sparadraps pour passer le cap de l'an 2000, on s'attaquera aux problèmes de fond plus tard.» La conseillère d'Etat Micheline Calmy-Rey résume ainsi sa stratégie pour tenter de redresser l'état de l'informatique de l'Administration fiscale cantonale (AFC).

Plusieurs rapports successifs ont gravement mis en cause la fiabilité du système informatique.

Aujourd'hui, l'informatique du fisc repose sur trois piliers: un noyau constitué d'un central Unisys pour la perception des impôts; un système Novell pour la gestion des données des contribuables et le logiciel IAO (pour Impôts assistés par ordinateur), qui tourne sur une machine IBM hébergée par le Département de justice et police, pour le traitement des déclarations.

«Le matériel a été plus ou moins remis au goût du jour, affirme un proche du dossier. Une machine Unisys d'occasion, qui date de 1993, a été acquise récemment pour remplacer l'ancienne. Mais c'est surtout l'applicatif – autrement dit les logiciels – qui est pourri.»

Initialement, le logiciel IAO était destiné à gérer l'ensemble de l'administration fiscale. C'est Daniel Brauen, ancien directeur de Paribas, qui, à son arrivée en 1994, a pris la tête du projet. «Il y avait des bonnes idées dans le projet IAO, se souvient le directeur d'une des sociétés approchées pour la réalisation. Mais les gens de l'administration ont mis les pieds contre le mur, ils n'ont jamais voulu adapter leurs méthodes de travail à ce nouvel outil.» Pour d'autres, la gestion et la qualité du projet sont en cause. «Au lieu de se mettre à l'écoute des besoins des taxateurs, Brauen et son équipe ont voulu tout faire à leur manière, dit un informaticien de l'AFC. L'interface comptait des absurdités qui rendaient le programme inutilisable.»

IBM a empoché l'appel d'offres pour le matériel en mai 1994. En tout, le système IAO a coûté 6 millions de francs et n'a jamais rempli sa mission. Suite à une interpellation au Grand Conseil, le contrat de Daniel Brauen n'a pas été renouvelé et il a quitté son poste en août 1997. «Les responsabilités sont partagées, reconnaît aujourd'hui Micheline Calmy-Rey. Le fonctionnement de l'administration est aussi en cause.»

Faute d'IAO, il a donc fallu continuer à utiliser les anciennes machines Novell et Unisys et même investir pour les mettre à jour. L'administration a ensuite envisagé d'installer les anciens logiciels sur de nouveaux ordinateurs. Micheline Calmy-Rey, en arrivant à la tête du Département des finances l'an dernier, a mis fin à cette idée avec bon sens.

En septembre, le Grand Conseil a voté un crédit spécial de 18,2 millions pour préparer une refonte profonde et, surtout, rafistoler les systèmes actuels afin qu'ils franchissent le cap de l'an 2000, ce qui, pour des vieux programmes comme ceux-ci, n'est pas une tâche simple. Seuls deux informaticiens de l'AFC connaissent encore le code utilisé dans des programmes qui datent de 1974. «La mort clinique de notre infrastructure est agendée pour 2002. D'ici là, il reste beaucoup à faire. Nous étudions plusieurs possibilités, notamment une collaboration avec le canton de Vaud pour limiter les coûts», conclut Stéphane Marois, le nouveau responsable informatique de l'AFC.

G. S.