Pour connaître l'heureux propriétaire des bâtiments de l'aéroport de Genève (AIG) et des Transports publics genevois (TPG), il faudra attendre quelque temps. Le Grand Conseil avait décidé la semaine dernière de transférer à ces deux établissements publics autonomes la propriété de leurs murs, qui appartiennent pour l'heure à l'Etat. Celui-ci reste cependant en possession des terrains qui abritent les installations.

Mais le transfert est contesté par «A gauche toute», qui a annoncé hier le lancement de deux référendums, sous réserve du vote de son assemblée de militants. Elle se prononcera sur la question jeudi soir. Le groupe annonce par ailleurs qu'il combattra de la même façon tous les transferts d'actifs à venir, alors que le Conseil d'Etat compte sur les fonds dégagés par ces opérations pour stabiliser sa dette au cours de la législature.

Fondée en septembre dernier sur les cendres de feu l'Alliance de gauche -éjectée du parlement en 2005 -, «A gauche toute» n'a pu exprimer son opposition durant les débats parlementaires. Les deux lois ont été votées par l'ensemble des partis, à l'exception du PS, qui s'est abstenu. Favorable sur le principe aux transferts d'actifs, il jugeait le montant de la transaction trop bas: 154 millions pour l'aéroport et 69 millions pour les TPG.

Un argument repris par «A gauche toute». Alors que le Conseil d'Etat fait valoir qu'il ne s'agit pas d'une vente, mais d'une simple opération comptable interne à l'Etat, le mouvement d'extrême gauche dénonce le «bradage» des biens publics et entend convaincre que le transfert des immeubles voté par les députés annonce la «privatisation» de l'AIG et la «spoliation» des TPG.

L'aéroport «privatisé»

«En 1994, lorsqu'on a fait de l'aéroport un établissement public autonome, on nous disait que cela ne changerait rien. On ne nous parlait pas alors du transfert des actifs ni de la mesure finale qui s'annonce: l'ouverture de l'aéroport à des capitaux privés», affirme Rémy Pagani, membre de Solidarités.

Selon le syndicaliste, le fait que l'Etat cède à l'aéroport la propriété de ses murs permettra notamment à celui-ci de «construire des immeubles de bureaux» sur son terrain et de les vendre «à son profit». Et ce malgré le fait que le sol reste aux mains des autorités cantonales. «L'Etat ne sera pas en mesure de l'empêcher», affirme Rémy Pagani, car celui-ci ne pourra interdire à l'AIG de «sous-louer» certaines parcelles à de potentiels acquéreurs d'immeubles.

Une éventualité des plus fantaisistes, selon le conseiller d'Etat radical François Longchamp, ministre de tutelle de l'aéroport et président de son conseil d'administration. Le magistrat, qui clame son opposition à toute forme de privatisation de l'AIG, voit dans le lancement du référendum une manière pour «A gauche toute» d'occuper le terrain avant les élections municipales de l'an prochain. «L'aéroport restera propriétaire de ses bâtiments. Et il a besoin de toute sa superficie pour développer son activité, il n'est pas question de céder quoi que ce soit à qui que ce soit», affirme-t-il.

Les TPG «spoliés»

Pour combattre le transfert des actifs des TPG, qui ne couvrent leurs frais qu'à 50%, Rémy Pagani met moins en avant le danger de privatisation que le fardeau que constituerait pour l'entreprise l'obligation d'assumer l'entretien et l'amortissement de ses bâtiments.

En dépit de ce qui est prévu, le syndicaliste se dit certain que les TPG ne seront pas davantage soutenus par l'Etat. Ils seront alors contraints d'augmenter leurs tarifs ou de réduire les salaires. Robert Cramer, ministre responsable des TPG, n'était pas joignable hier pour commenter ce scénario.

Reste à savoir si les citoyens seront sensibles aux arguments de la gauche de la gauche, à l'heure où le Conseil d'Etat prépare le transfert des actifs des Services industriels et plus tard, celui des actifs de l'Hôpital cantonal et de Palexpo. Une entité gérée à l'heure actuelle par un enchevêtrement de fondations publiques et privées, et dont le Conseil d'Etat entend faire une société anonyme. «A gauche toute» fourbit déjà ses armes.