Genève

L’aéroport vole au secours de Pierre Maudet

La RTS laisse entendre qu’il y aurait eu une contrepartie au voyage de Pierre Maudet à Abu Dhabi: l’octroi d’une concession à l’entreprise Dnata à Genève Aéroport. Le conseil d’administration de ce dernier nie et lève le voile sur la procédure d’attribution

«Abasourdie», la présidente du conseil d’administration de Genève Aéroport, Corine Moinat, déclare: «Je suis choquée qu’on puisse imaginer que Pierre Maudet ait usé d’une influence dans le choix d’attribution d’une concession à l’entreprise Dnata.»

Le soupçon a été jeté vendredi par la RTS, dans le sillage du voyage problématique du conseiller d’Etat à Abu Dhabi payé par un tiers libanais en novembre 2015. Période à laquelle se négociait le renouvellement des concessions des entreprises de service au sol de l’aéroport, relève le média.

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Quelques mois plus tard, Swissport et Dnata l’emportent (70% pour le premier, 30% pour le second, dans la même proportion que précédemment, les deux compagnies se partageant déjà ce marché avant 2015). Or, Dnata est une entreprise des Emirats. En aurait-il été question avec le prince héritier Mohammed bin Zayed al-Nahyane, rencontré par Pierre Maudet durant son voyage? Le conseiller d’Etat a-t-il joué un rôle dans cette attribution? Aux dénégations de son département s’ajoutent désormais celles de Corine Moinat: «Je ne vois pas comment il aurait pu influencer ce résultat.»

Analyse des procédures mises en place

Pierre Maudet est peut-être un homme de poigne, mais qu’il ait le bras assez long pour téléguider une décision de cette nature est douteux. Il suffit, pour s’en convaincre, de vérifier la manière dont les procédures sont conduites, selon une directive européenne reprise en droit suisse et approuvée par l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC).

Après publication de l’appel à candidatures et réception des dossiers, une commission interne de Genève Aéroport se penche sur la question. On y trouve six responsables mais aucun représentant de l’Etat. Ces six personnes évaluent les candidats sans informer les autres membres de leur choix.

La commission agrège ensuite les résultats. Puis les compagnies aériennes sont sondées, à titre consultatif. Dans le cas qui nous occupe, Swissport et Dnata arrivent en tête de ce sondage, avec respectivement 25 et 14 votes, si l’on ne tient pas compte des parts de marché respectives. La décision d’adjudication est prise le 24 mars 2016 par la commission, puis transmise au directeur général et au conseil d’administration.

Recours d’un candidat éconduit

Mais, un mois après, un candidat éconduit, la société zurichoise AAS, fait recours. C’est alors que l’OFAC entre en jeu: «Toute la procédure est gérée par l’exploitant aéroportuaire, qui nous informe à la fin du processus, explique Antonello Laveglia, porte-parole. Mais nous intervenons aussi en cas de recours.»

En décembre 2016, l’OFAC rejette ce recours et constate dans sa décision que «la sélection des prestataires de services a été menée dans le respect des normes en vigueur». Fin de l’histoire.

Vraiment? Si Pierre Maudet ne siège plus au conseil d’administration de Genève Aéroport, exercerait-il une influence à travers son chef de cabinet qui l’a accompagné à Abu Dhabi et siège, lui, au conseil de direction? «Patrick Baud-Lavigne a un statut d’observateur sans droit de vote, répond Corine Moinat. Le conseil d’administration a validé la décision après avoir posé de nombreuses questions, suite à des interventions de l’entreprise AAS.» On voit mal, dans ces conditions, comment Pierre Maudet aurait pu promettre au prince la concession de Dnata. En tout cas, le service rendu n’aurait pas été cher payé.

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