Le PDC est bien mal pris. Le parti de la famille et de la tolérance zéro devant la consommation de stupéfiants doit aujourd'hui gérer une affaire poisseuse qu'il doit au député valaisan Xavier Bagnoud, soupçonné d'avoir transgressé l'une ou l'autre, peut-être bien l'une et l'autre, de ces deux règles qui fondent la famille chrétienne.

Le PDC valaisan goûte encore moins cette affaire qu'elle tombe en pleine campagne pour la candidature au gouvernement en 2009. La compétition pour l'investiture au Conseil d'Etat est particulièrement féroce cette année. Elle débute sur le terrain par une élection primaire mercredi prochain. S'y affronteront, devant les membres, les deux candidats du district de Martigny, Christophe Darbellay et Nicolas Voide, qui se sont, chacun à sa manière, impliqués dans cette affaire.

Communication ce week-end

C'est en cela que l'histoire aux mœurs dérangeantes du député Bagnoud prend une dimension politique. D'un côté, Christophe Darbellay, le président du PDC suisse, après avoir observé un temps de réserve, demande aujourd'hui explicitement la démission de l'élu pris le nez dans la poudre. De l'autre, Nicolas Voide, l'avocat de Xavier Bagnoud, également député au Grand Conseil et chef du groupe PDC du Bas, lui aurait conseillé de ne pas démissionner jusqu'à l'issue du dossier pénal. Me Voide s'en défend pourtant avec véhémence: «Ce sont des mensonges. Dans ce contexte, mes relations avec lui sont professionnelles et non pas politiques. Si je devais me préoccuper de l'influence de mes dossiers sur ma vie politique, je cesserais immédiatement mon métier d'avocat.»

Entre deux, tout le monde est suspendu à la décision du principal incriminé, qui annonce au Temps une prise de position durant le week-end. Il a d'ores et déjà démissionné de l'Union suisse des œnologues, qu'il présidait.

Prudence des partis

En Valais, les autres partis se gardent bien, pour l'instant, d'instrumentaliser l'affaire. Le PDC valaisan a donc, fatalement, à s'accommoder de cette saga abracadabrante à l'interne. Or, il a déjà beaucoup à faire sans devoir soigner cet abcès. La configuration de cette course au Conseil d'Etat est tout à fait unique dans les annales de la politique valaisanne. C'est la première fois qu'on assiste à une telle compétition électorale au sein du parti.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle pourrait voir la bête politique Darbellay échouer devant les membres, à l'étape des présélections. «Alors qu'il est hyper-favori devant le peuple, il doit se battre comme les autres pour s'imposer en tant que candidat. Preuve qu'il n'a pas de droit acquis pour une place au gouvernement valaisan», commente Léonard Bender, lequel, en tant que président du Parti radical valaisan, avoue une certaine jalousie envers le PDC devant un match aussi fascinant à orchestrer.

Inscriptions en masse

Autour de Christophe Darbellay et de Nicolas Voide, la campagne s'organise depuis de nombreuses semaines. Le district aurait enregistré 600 inscriptions ces derniers temps, portant le nombre d'adhérents au PDC à 1200. Des inscriptions de la dernière heure, signées par des sympathisants de l'un ou de l'autre, pour influencer le vote. Quel impact aura concrètement le psychodrame aux effluves de cocaïne? Raphy Coutaz, président du PDC du Valais romand, n'y songe même pas, et attend simplement la démission spontanée de Xavier Bagnoud. Ce sont, de l'avis de nombreux observateurs, de tout autres critères qui pèseront dans la course. Les deux candidatures sont suffisamment différenciées pour cela.

Le dilemme des mandats

Christophe Darbellay a ses contradicteurs. Ceux de l'arrière-garde du PDC, et les sympathisants UDC par exemple, qui lui reprochent continuellement son rôle dans la chute de Christoph Blocher. En cas d'élection, il aurait également à abandonner son mandat de conseiller national, quelques mois à peine après sa réélection. Idem pour la présidence du parti suisse. «Les électeurs lui ont donné une mission. Ils n'ont pas voulu qu'il reste à la maison», suggère à ce sujet son adversaire, «ce qui ne remet absolument pas en cause ses compétences politiques.» Christophe Darbellay se justifie ainsi: «La ligne de démarcation entre le pouvoir exercé à Berne et dans les gouvernements cantonaux devient de moins en moins claire», invoquant l'influence des conférences intergouvernementales, notamment. Or, Christophe Darbellay veut être au pouvoir. Il est un homme de décisions. Et ne s'en est jamais caché.

Candidat du canal historique

Face au «bulldozer» de la politique valaisanne, à ce «malade du contact humain» qui court les concerts de fanfares comme aux premières heures de son engagement, selon les termes de son chef de campagne, Frédéric Giroud, Nicolas Voide adopte forcément un profil plus modeste, mais pas insignifiant.

Aux yeux de certains, le fils de Guy Voide, ancien président du parti cantonal unifié, représente plus fidèlement l'électorat historique du PDC. Il a commencé sa campagne très tôt. En novembre 2007 déjà. Nicolas Voide affiche dans tous les cas une sérénité sincère à quelques jours du grand match: «On ne se lance pas dans une course comme celle-là sans avoir mesuré ses chances de succès. Les gens autour de moi confirment cette confiance.»