Pour le président de la Confédération, le voyage à Saint-Pétersbourg sera précédé par un déplacement à Rome, pour prendre contact avec la présidence italienne de l'Union européenne, notamment à propos des négociations bilatérales, qui demeurent dans l'impasse. La polémique suscitée par les dérapages de Silvio Berlusconi confère évidemment un relief particulier à la rencontre agendée mardi entre Pascal Couchepin et le président du Conseil italien, et ne manque pas de rejaillir sur la scène politique fédérale.

«Au moment où l'Europe est bouleversée par les propos de Berlusconi, le Conseil fédéral lui fait la révérence», accusait en substance le Blick dans son édition de vendredi. Mercredi dernier, le Conseil fédéral décidait en effet de ne pas autoriser la poursuite judiciaire des cinq ressortissants italiens, dont deux parlementaires enquêtant sur l'affaire Telekom Serbia, qui avaient eu la malencontreuse idée, le 8 mai dernier, de tenter d'obtenir directement des documents auprès de l'Office des poursuites de Lugano. «Un coup typique de Couchepin contre Ruth Metzler, qui en a conçu une vive amertume», pour ne pas faire de peine à Berlusconi, dénonçait le quotidien de boulevard alémanique.

Il apparaît qu'en réalité l'obstination du Ministère public de la Confédération (MPC) et de Ruth Metzler à engager des poursuites a été combattue en premier lieu par le Département des affaires étrangères. Automatiquement consulté en pareil cas, il a jugé qu'en l'occurrence une telle démarche serait peu opportune.

D'une part, l'ambassadeur de Suisse à Rome a vigoureusement protesté auprès du ministre de la Justice italien. D'autre part, la commission parlementaire qui traite l'affaire Telekom Serbia a demandé dans les formes l'entraide judiciaire, qui lui a été accordée. Il serait incohérent, voire schizophrénique, de lancer d'une main une procédure contre les membres de la commission ayant agi illégalement et d'accorder de l'autre l'entraide judiciaire à cette même commission, argumentait le DFAE.

Ces arguments ont été relayés devant le Conseil fédéral, auprès duquel Ruth Metzler avait néanmoins décidé de porter l'affaire, par Micheline Calmy-Rey. Et les collègues de la cheffe du Département de justice et police ont tous jugé inutile de froisser l'Italie pour une affaire que le MPC jugeait lui-même mineure et se proposait de régler par une simple ordonnance de condamnation. Ils ont tranché à six contre un en faveur de la renonciation aux poursuites.