Vaud

L’affaire Broulis prend une tournure politique

Tant au Grand Conseil qu’au Conseil communal de Lausanne, la gauche va mettre la pression sur le conseiller d’Etat, soupçonné d’optimisation fiscale

Pascal Broulis a-t-il profité d’un arrangement lui permettant de réduire sa facture fiscale? Après les révélations vendredi du journal zurichois Tages-Anzeiger, la polémique rebondit sur le plan politique. La gauche va demander des explications sur la situation du conseiller d’Etat, qui paie deux tiers de ses impôts communaux à Sainte-Croix, où il possède une maison, et un tiers seulement à Lausanne, où il vit en grande partie la semaine – son fils y est scolarisé –, mais où les impôts sont plus élevés.

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La plus offensive est, sans surprise, l’extrême gauche, qui déposera mardi deux interpellations, l’une auprès du Grand Conseil vaudois, l’autre devant le Conseil communal de Lausanne. «En tant que responsable des Finances de ce canton, Pascal Broulis devrait se montrer exemplaire», plaide Hadrien Buclin, député d’Ensemble à gauche, qui pointe du doigt le flou entourant le cas de l’élu PLR. Il rappelle que la Ville de Lausanne met beaucoup de moyens pour débusquer les contribuables qui déclarent posséder un logement secondaire dans le chef-lieu vaudois tout en y habitant à l’année, pour ne pas y payer d’impôts.

Un passe-droit?

«La situation de Pascal Broulis pourrait laisser penser aux contribuables ordinaires que le conseiller d’Etat profite de son statut de chef de l’administration fiscale pour bénéficier d’un passe-droit», peut-on lire dans l’interpellation. Hadrien Buclin appelle le PLR à la transparence, plutôt que de s’abriter derrière «un secret fiscal qui ne fait que susciter davantage de méfiance».

La coalition Ensemble à gauche ne sera pas seule au front. Le Parti socialiste va également déposer une interpellation au Grand Conseil. «Au-delà du cas personnel de Pascal Broulis, cette affaire révèle que la loi sur les impôts communaux, la LICom, n’est plus adaptée aux structures actuelles et à la mobilité des contribuables d’aujourd’hui, relève Stéphane Montangero, président des socialistes vaudois. Nos questions visent à savoir s’il n’est pas temps de réviser cette loi.» Quant aux Verts, ils préfèrent rester en retrait de cette polémique, tout en relevant une «contradiction» entre le discours sur la «fiscalité heureuse» prônée par Pascal Broulis et une pratique qui mériterait d’être mieux expliquée.

Un procédé légal

La droite prend la défense de son ministre. Mathieu Blanc, vice-président du groupe PLR au Grand Conseil, dénonce «une non-affaire». Pour le député lausannois, également avocat, le procédé consistant à répartir ses impôts entre deux communes est tout à fait légal, car prévu par l’article 14 de la LICom: «Il est donc accepté et acceptable, il n’y a rien ici d’amoral.» Surtout, le Lausannois n’a aucun doute, le centre de vie, le cercle social, de Pascal Broulis se situe dans le Nord vaudois. «C’est un Sainte-Crix dans l’âme», conclut Mathieu Blanc, qui se désole que la gauche se rabaisse à utiliser un article de presse pour venir sur le terrain politique. L’occasion de mettre sous pression l’homme fort de la droite, aujourd’hui fragilisé, était sans doute trop belle.

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