Valais

L’affaire qui empoisonne la carrière politique naissante de Jean-Marie Bornet

Porte-parole de la police cantonale et candidat au gouvernement, Jean-Marie Bornet est soupçonné d’abus d’autorité par la justice valaisanne. Accusé d’avoir tenté de couvrir son fils dans une affaire où plusieurs coups de feu ont été tirés, il nie toute infraction

Au téléphone, Jean-Marie Bornet se montre combatif: «Il ne s’agit pas de droit ou de justice, on cherche à m’atteindre personnellement». Ce mardi, le quotidien Le Nouvelliste révèle que la juge du Tribunal de district de Martigny a déposé une dénonciation pénale à son encontre, pour abus d’autorité et instigation à faux témoignage. Le Ministère public a ouvert une enquête préliminaire. Responsable de l’information et de la prévention de la police cantonale valaisanne, Jean-Marie Bornet est intervenu dans une affaire judiciaire pour prêter assistance à son fils, à titre privé, «en qualité de personne de confiance.»

Cette affaire jouera en ma faveur quand je serai blanchi

L’affaire intervient dans un contexte particulier. Le mois dernier, le policier avait annoncé la création d’une nouvelle formation politique, qui entend «incarner le ras-le-bol d’une population exaspérée par la paralysie de ses institutions». Lui-même envisage de briguer un siège au gouvernement lors des élections cantonales de mars prochain. Aujourd’hui, il persiste: «Le traitement juridique et médiatique de cette histoire nous encourage à persévérer dans notre engagement politique avec d’autant plus de conviction». En attendant d’être auditionné, il affirme déjà: «Cette affaire jouera en ma faveur quand je serai blanchi.»

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Procès à rebondissements

Le scoop qui agite le Valais fait suite aux rebondissements d’un procès de première instance. Âgé d’une vingtaine d’années, le fils du policier a été récemment condamné à 18 mois de prison avec sursis pour mise en danger de la vie d’autrui. Il a fait appel. En août 2015, au cours d’une altercation avec un rival amoureux, il a fait feu plusieurs fois avec un pistolet qui appartient à son père. Tiré depuis l’extérieur du bâtiment, l’un des projectiles a traversé une chambre inoccupée. Aucune plainte n’a été déposée par les protagonistes, mais une tierce personne dénonçait les faits à la justice dans les jours qui suivaient. Le Ministère public a ouvert une instruction pénale au début septembre.

Dix jours plus tard, Jean-Marie Bornet et son fils rencontraient le rival et son père. A l’issue de l’entrevue, toutes les parties signent un document. Le rival y affirme: «Je ne veux pas porter plainte… Je ne me suis pas senti menacé et je n’ai pas été mis en danger». Mais un peu plus d’une année plus tard, le jeune homme se rétracte face à la juge. Au tribunal, il affirme que cette déclaration a été rédigée par Jean-Marie Bornet: «A l’époque, je pensais que c’était bien de protéger l’accusé. Mais il faut arrêter de mentir et que justice soit faite. Car cette affaire aurait pu avoir une fin plus dramatique.»

Ces agissements dépassent dans une large mesure ce qui est habituel pour un père inquiet pour son fils

Dans son jugement du 18 octobre dernier, la magistrate insiste sur ces déclarations vraisemblablement rédigées par Jean-Marie Bornet «et non par les témoins qui les ont finalement signées». Pour elle, «il apparaît aujourd’hui que ces déclarations écrites ne correspondent pas à la vérité» et «ces agissements dépassent dans une large mesure ce qui est habituel pour un père inquiet pour son fils». Elle dépose une dénonciation pénale à l’encontre du policier. Interrogé par Le Nouvelliste, le rival soutient aussi que Jean-Marie Bornet a demandé à le rencontrer à la veille du procès. «Cela m’a dérangé, mais j’y suis allé… Je lui ai annoncé tout de suite que j’allais dire la vérité et arrêter de mentir. Il m’a mis la pression, sans toutefois me menacer.»

Le policier nie toute pression

Réservant ses réponses détaillées pour le procureur, le policier nie avoir jamais mis la pression sur quiconque dans cette affaire: «Je suis serein, parce que je n’ai pas commis d’infraction». En promettant le dépôt de plusieurs plaintes pénales, Jean-Marie Bornet martèle qu’il ne cherche pas à excuser les agissements de son fils, «même s’il a été excessivement condamné et médiatisé pour ses liens avec moi». Cité à comparaître prochainement, il se demande «comment un journaliste est entré en possession d’informations confidentielles» et relève qu’il n’avait lui-même pas encore connaissance des griefs qui lui sont reprochés. Il insiste: «Ce fait divers n’aurait pas été publié s’il ne concernait pas l'un de mes proches.»

Pour la durée de la procédure, Jean-Marie Bornet ne s’exprimera plus dans les médias comme porte-parole de la police. Sur les réseaux sociaux, ses partisans crient à l’assassinat politique et soutiennent un homme «qui dérange». Quelques voix discordantes félicitent ces magistrats qui ont le courage d’enquêter sur «un notable». Faisant allusion aux procédures dont il avait fait l’objet lorsqu’il avait choisi de publier les images de l’accident de car qui a coûté la vie de 22 enfants belges et ému toute l’Europe, il écrit: «C’est la deuxième fois que l’on m’attaque injustement. Et la première fois j’ai été blanchi.»

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