La crise des fonds en déshérence proprement dite a pris fin avec le règlement de son aspect financier annoncé en août dernier par les grandes banques et portant sur une somme de 1,8 milliard de francs. L'heure des premiers bilans est donc venue. Le politologue Philippe Braillard présentait lundi à la presse son livre Tragédie et mascarade: autopsie de la crise des fonds juifs et de l'or nazi, dans le cadre d'une conférence organisée par l'association Genève Place Financière.

Dans son analyse reposant essentiellement sur des sources journalistiques et des documents officiels produits depuis 1996, le professeur d'université genevois se propose de mettre en lumière le mécanisme de toute l'affaire: «Derrière l'enjeu déclaré et parfaitement légitime de cette crise – satisfaire au devoir de justice envers les victimes de l'Holocauste – se cachent d'autres enjeux non avoués, qu'il convient de révéler.»

Choqué par la violence des attaques contre la Suisse, «victime d'une véritable campagne de dénigrement qui a atteint des sommets dans la vulgarité et la stupidité» et par une politique des «deux poids, deux mesures», l'auteur explique vouloir «faire tomber les masques derrière lesquels se sont cachés la plupart des acteurs de cette crise».

En matière de masques, Philippe Braillard estime que, dès le début, le Congrès juif mondial s'en est délibérément pris à la Suisse, «le maillon faible de la chaîne», dans le cadre d'une stratégie plus large au niveau européen. Il dénonce la propension des Etats-Unis à imposer leur vision du monde au nom du droit et de la morale qui cacherait en fait de puissants intérêts économiques. Il rappelle enfin les manœuvres politiciennes d'Alfonse D'Amato et les ambiguïtés du rôle de Stuart Eizenstat.

On le voit, rien de très nouveau. Si Philippe Braillard n'hésite pas non plus à pointer le doigt sur les responsabilités suisses de cette crise, on peut toutefois regretter qu'il donne l'impression que toute cette affaire fort complexe et aux multiples enjeux puisse, en fin de compte, se résumer en une énorme tromperie aux dépens de la Suisse.