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Yves Steiner à la RTS en 2014.

Écoutes téléphoniques

L’affaire Giroud ricoche au Contrôle des finances

Dominique Giroud interpelle les parlementaires et le Conseil suisse de la presse en dénonçant le comportement de l’ex-journaliste de la RTS Yves Steiner, qui a enquêté sur lui. Le Conseil fédéral ne formule aucun reproche à son égard mais critique la communication du Contrôle fédéral des finances, où il travaille désormais

L’affaire Giroud aura-t-elle des répercussions sur le Contrôle fédéral des finances (CDF)? Le vigneron valaisan, qui, en compagnie d’un détective privé, d’un hacker et d’un ancien agent du Service de renseignement fédéral, est désormais traduit devant le Tribunal de police de Genève (LT du 08.05.18), y compte bien. Il a entrepris différentes démarches contre l’ex-journaliste de la RTS Yves Steiner, plaignant dans cette affaire. Il l’accuse de «pratiques outrancières» qui «violent des principes essentiels» de la déontologie. Il a déposé une plainte devant le Conseil suisse de la presse (CSP) et a adressé, via son conseiller en communication Marc Comina, un courriel aux parlementaires fédéraux, en français et en allemand.

Dans ce document, il s’en prend, sans le nommer, à ce journaliste, dont il dit qu’il «a joué un rôle central» dans la «campagne de dénigrement» menée contre lui. Il précise qu’il «travaille actuellement en tant qu’«expert en audit et responsable de communication externe» au CDF, qu’il a rejoint en septembre 2014 pour un poste à 80%. Et il met en lien une compilation écrite et des extraits audio de conversations téléphoniques entre cet ancien journaliste, identifié comme étant Yves Steiner, et le détective.

Lire aussi: Dominique Giroud et ses comparses seront bientôt jugés à Genève

La plainte déposée auprès du CSP est la troisième du genre. Il y en avait déjà eu deux en 2014, qui visaient également la RTS. Comme l’explique son président Dominique von Burg, le CSP n’est pas entré en matière sur la première, car une procédure parallèle avait été introduite auprès de l’Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de radio-télévision (AIEP). Quant à la seconde, son traitement a été suspendu dans l’attente de l’aboutissement d’une procédure judiciaire également en cours. Comme celle-ci piétinait, elle a fini par être retirée. Dominique Giroud vient donc d’en déposer une nouvelle. Elle cible plus précisément Yves Steiner et ses relations avec le détective privé qui travaillait pour l’encaveur.

Le CDF ne commente pas

Ces nouvelles démarches veulent mettre en lumière l’ambiguïté de ces relations. Le détective avait fait l’objet d’écoutes téléphoniques dans une autre affaire et c’est dans ce cadre que ses conversations avec Yves Steiner ont été enregistrées en 2013 et 2014. Dans les extraits rendus publics, Yves Steiner demande au détective d’enregistrer les discussions que ce dernier doit avoir avec Dominique Giroud. Il exprime aussi son intérêt à voir le résultat d’une possible cyberattaque contre l’ancienne correspondante du Temps en Valais, qui enquêtait elle aussi sur le vigneron.

Lire aussi: Tentative de piratage: les conspirateurs de l’affaire Giroud

Selon Dominique Giroud, les extraits compilés apportent un éclairage nouveau sur les pratiques professionnelles de l’ex-journaliste, qui «violent des principes essentiels» de la déontologie. L’avocat d’Yves Steiner, Me Nicola Meier, réplique que ces écoutes étaient déjà connues à l’époque des deux premières plaintes déposées auprès du CSP. Si leur existence était connue, leur contenu et la compilation qui en a été faite ne l’étaient pas, réplique le porte-parole du vigneron. Le CSP décidera le 24 mai s’il entre en matière sur ce cas. Selon Dominique von Burg, celui-ci peut poser «une question d’importance fondamentale».

Me Nicola Meier condamne cette nouvelle tentative de Dominique Giroud de s’en prendre à son client, qui, insiste-t-il, est «une victime». Il souligne qu’il n’est «prévenu dans aucune procédure». Dominique Giroud a certes déposé deux plaintes pénales contre Yves Steiner pour différentes infractions. Mais aucune instruction n’est en cours et l’ancien journaliste «n’a jamais été mis en prévention. Le Ministère public n'a donné aucune suite», assure son conseil.

Interpellations au parlement

Dans le courriel destiné aux élus fédéraux, l’encaveur leur pose cette question: «Considérez-vous que sa conception de l’éthique qualifie ce journaliste pour œuvrer au sein du Contrôle fédéral des finances, l’organe suprême de surveillance de la Confédération suisse?» Contacté, le directeur du CDF Michel Huissoud n’a pas souhaité faire de commentaire. Mais le CDF s’exprime indirectement par l’intermédiaire du Conseil fédéral, qui a répondu mercredi à une interpellation de Franz Ruppen (UDC/VS).

Le conseiller national ne connaît pas Marc Comina et n’a rencontré Dominique Giroud qu’une fois. Il précise qu’il a décidé d’intervenir après la lecture d’un article dans la NZZ en mars. Dans son interpellation, il évoque deux éléments. Premièrement, une décision du Tribunal fédéral qui a confirmé la condamnation d’un reportage de Temps présent sur l’affaire Giroud. Mais ce reportage ne portait pas la signature d’Yves Steiner.

Deuxièmement, il s’en prend nommément à ce dernier et pose neuf questions au Conseil fédéral sur son rôle au CDF. Il demande s’il est la bonne personne à la bonne place. Dans sa réponse, le Conseil fédéral indique que «le CDF est satisfait des prestations d’Yves Steiner». Il relève que, «à la connaissance du CDF, Yves Steiner n’a jamais été sanctionné pour son travail journalistique par une quelconque autorité».

Communication critiquée

Franz Ruppen s’interroge sur la «stratégie de communication» de cet organe. Il critique notamment l’apparition, depuis le rapport d’activité 2014 (publié en 2015), de «dessins humoristiques qui revêtent une connotation politique légèrement méprisante». Il souhaite savoir qui a choisi ces dessins. «Ils n’ont rien à faire dans un rapport annuel sérieux», explique-t-il au Temps.

Le Conseil fédéral répond qu’Yves Steiner consacre effectivement une partie de son temps à la préparation des rapports annuels, mais que la stratégie de communication est le fait de la direction du CDF. Il explique que, aux yeux du CDF, ces dessins humoristiques rendent ces rapports «plus attrayants». Le Conseil fédéral reconnaît néanmoins que les caricatures du rapport 2016 «n’ont pas fait l’unanimité et ont été jugées déplacées par certains lecteurs. Il part donc du principe que le CDF accordera désormais davantage d’importance à une présentation objective du rapport qui tienne compte des tâches et des responsabilités du CDF.» Il ajoute que «la communication du CDF a parfois manqué de tact».

La stratégie de communication du contrôleur fédéral sera discutée en juin au Conseil des Etats. Le sénateur Roland Eberle (UDC/TG) demande dans une autre interpellation si le CDF n’est pas en train de devenir un «acteur politique influent», au risque «de mettre en jeu sa réputation de neutralité».

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