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Lors de la conférence annuelle du SRC en mai. Depuis début août, l'Allemagne enquêterait sur trois de ses agents.
© Keystone

Services secrets

L'affaire de l'espion Daniel M. prend un nouveau tour 

Le procureur général allemand a lancé début août une enquête contre trois agents du Service de renseignements de la Confédération, selon des médias. Elle fait suite à l'arrestation de l'ex-espion suisse en mai, accusé d'avoir implanté une taupe dans l'administration fiscale de Rhénanie-du-Nord - Westphalie

L’affaire ne manquait déjà pas de piquant, elle est désormais encore plus rocambolesque. Le procureur général allemand a lancé début août une enquête contre trois agents du Service de renseignements de la Confédération (SRC), selon Süddeutsche Zeitung et le TagesAnzeiger. Ces collaborateurs ne sont pas nommés, mais ils auraient tous des liens avec l’ex-espion suisse emprisonné à Mannheim, Daniel M. L’un d’eux serait même son superviseur direct. S'ils s'aventurent dans l'espace Schengen, il y a de fortes chances qu'ils se fassent arrêter, avancent les deux journaux.

Contacté, le SRC n'a fait aucun commentaire. «En raison des procédures en cours à l’encontre de Daniel M., nous ne nous exprimons pas sur cette affaire», a expliqué une porte-parole.

Au printemps dernier, les Verts avaient demandé une commission d’enquête parlementaire pour faire la lumière sur le cafouillage général de cette affaire. A la lumière des nouvelles informations de ce début de semaine, ils ont réitéré leur demande. Pour l’heure, c’est la commission de gestion qui a empoigné le dossier, et prévoit de rendre ses conclusions l’année prochaine.

«Sudokus» à compléter

Rembobinons. Fin avril, les autorités allemandes arrêtent Daniel M. à Francfort pour une affaire encore inconnue du grand public. Des détails émergent à mesure que les jours passent, mais, 74 jours plus tard, des questions restent en suspens. Le Suisse de 54 ans, agent libre, est accusé d’avoir été chargé par les SRC de récolter des informations sur des inspecteurs du fisc de Rhénanie-du-Nord Westphalie. Le land est le plus actif dans le rachat de CD volés de données de clients bancaires.

Entre 2012 et 2015, Daniel M. aurait rempli des «sudokus» incluant les noms, rôles, âges, etc., des agents avec l’aide de contacts, qu’il aurait transmis à la Suisse. En outre, l’ex-espion s’était vanté – puis rétracté – d’avoir installé une taupe au sein de l’administration fiscale de cette région. Il risque cinq à dix ans de prison. Le Ministère public de la Confédération (MPC), qui a arrêté plusieurs inspecteurs du fisc allemands, dément pourtant avoir utilisé ces informations.

Opération «glaçons»

L’histoire avait pris un tour particulièrement embarrassant pour Berne lorsqu'a été révélée la façon dont les informations sur la mission de Daniel M. sont arrivées aux oreilles allemandes. 

Lire aussi: Comment la justice suisse a permis à l’Allemagne de découvrir l’affaire d’espionnage

L'ex-espion suisse, également ancien policier zurichois, est arrêté à Zurich en 2015, par le MPC pour espionnage économique. Les mois précédents, il avait agi pour le compte d’un journaliste et ex-espion allemand, Wilhelm Dietl, cherchant à se venger de son ancien chef en récoltant des données bancaires sur son compte. Daniel M. accepte sa mission, rémunérée plus d’un demi-million, sans savoir que derrière, se cache un autre ex-agent, connu comme le 007 allemand, Werner Mauss. Ce dernier contacte UBS pour les prévenir qu’un réseau criminel volerait des données bancaires en utilisant le réseau de paiement Swift, mentionnant Daniel M., au passage, nom connu de la banque où il a officié dans la sécurité.

UBS prévient ensuite le MPC, qui lance l’opération «glaçons», et continuera de servir d’intermédiaire. Daniel M. est enregistré et filmé lorsqu’il livre les informations à Wilhelm Dietl, puis arrêté lors de leur dernière rencontre à Zurich. Les données se révéleront fausses, mais le mal est fait: la justice allemande obtient le contenu des comptes rendus des auditions de Daniel M., qui y explique son rôle pour le SRC en Rhénanie-du-Nord Westphalie, lorsque le MPC décide d’étendre son enquête aux deux ex-agents allemands. Ces informations supposées rester confidentielles en Suisse suffiront aux autorités allemandes pour cueillir Daniel M. cette année et en découvrir toujours davantage sur les pratiques suisses d’espionnage en Allemagne liées aux banques.

Lire aussi: James Bond suisse à Francfort: la saga qui embarrasse


L’affaire Daniel M. en dates


2010/2011 – 2014

Activités présumées de Daniel M. en Allemagne pour le compte du Service de renseignement de la Confédération, afin de remonter la filière du vol de CD de données bancaires

2014

Daniel M. rencontre Wilhelm D., qui collabore en sous-main avec Werner M. Tous les deux sont d’anciens espions allemands. Wilhelm D. charge Daniel M. de lui fournir des données bancaires. Lors de l’une des rencontres, Daniel M. affirme avoir travaillé pour le SRC

Juin/juillet 2014

Werner M. informe UBS d’un risque de vol de données bancaires

Octobre 2014

UBS prend contact avec le Ministère public de la Confédération. Dans la foulée, la banque transmet au MPC tous les documents reçus par Werner M.

Février 2015

Daniel M. est arrêté à Zurich puis interrogé. Le MPC étend par la suite la procédure pénale diligentée à son encontre à Wilhelm D. et Werner M.

Avril 2017

Daniel M. est arrêté à Francfort. La justice allemande lui reproche d’avoir espionné sur son sol, sur la base de l’audition qu’il avait livrée au MPC en février 2015, transmise non caviardée à ses coprévenus allemands

Juin 2017

La Cour suprême fédérale de Karlsruhe rejette la demande de libération de Daniel M.

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