La Chambre pénale d’appel et de révision de Genève a finalement acquitté Pierre Maudet pour son voyage à Abu Dhabi. Réactions

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■ «Cette affaire est lamentable pour le PLR et le Conseil d’Etat», regrette Charles Selleger

Le député indépendant et ex-PLR Charles Selleger s’est dit mardi «soulagé et satisfait» de la décision du tribunal genevois, «qui reconnaît enfin que l’accusation ne tenait pas la route et qu’elle était basée uniquement sur une présomption.» «Il y a eu un acharnement épouvantable de la part du milieu politique, journalistique et du Ministère public contre Pierre Maudet, c’était une réelle cabale qui n’a eu de cesse d’essayer de lui trouver des poux dans la tonsure au fur et à mesure que l’affaire du voyage à Abu Dhabi se dégonflait.»

Le député regrette aussi l’attitude de son ancienne formation et du gouvernement genevois. «Cette affaire est lamentable pour le PLR mais aussi pour le reste du Conseil d’Etat qui n’a pas tenu une attitude correcte vis-à-vis de Pierre Maudet. Le Conseil d’Etat n’avait pas à juger de la véracité ou de la légalité de ce qu’il avait fait mais simplement de lui changer ses dicastères au lieu de les lui enlever complètement.»


■ «Une baffe historique pour le Ministère public genevois!»

L’avocat valaisan Sébastien Fanti, également préposé cantonal à la protection des données, a réagi à l’acquittement de Pierre Maudet avec vigueur, évoquant une «baffe historique pour le Ministère public genevois». ll estime qu'«il est temps pour certains de rendre des comptes».


■ «Si j’étais encore membre du PLR, je demanderais la tête du président»

Pour l’ex-PLR Jacques Jeannerat, qui avait quitté le parti dans le sillage de l’affaire Maudet, la justice a fait preuve de bon sens. «Si le ministre d’une des villes les plus importantes au monde ne peut pas faire la promotion de son propre canton à l’étranger alors autant supprimer le ministère de l’économie», estime l’ancien député et directeur de la Chambre de commerce et d’industrie genevoise, soulignant qu’il n’y a pas eu d’enrichissement personnel.

«Pierre Maudet a perdu des plumes dans cette affaire, mais il est encore jeune, plein d’énergie, il pourrait rebondir», espère-t-il, condamnant une nouvelle fois l’acharnement dont ont fait preuve certains élus et médias. A ses yeux, une bonne partie d’entre eux, «à commencer par le PLR», devraient aujourd’hui faire leur autocritique. «Si j’étais encore membre du parti, je demanderais la tête du président.»


■ «Pierre Maudet a fait l’objet d’un acharnement monstrueux», estime Magali Orsini

De son côté, l’ancienne députée d’Ensemble à Gauche, Magali Orsini, salue une décision de justice qui rétablit le droit. «Pour un mensonge dont il s’est excusé, Pierre Maudet a payé un prix monumental et a fait l’objet d’un acharnement monstrueux», déplore celle qui a toujours soutenu l’ancien conseiller d’Etat.

Si elle ne partage pas ses idées du point de vue économique, Magali Orsini juge que Pierre Maudet a toujours eu un grand sens de l’Etat. «Certes, il n’a pas toujours été tendre avec tout le monde, mais cela ne justifie pas le traitement, y compris de certains médias, qu’il a subi ces dernières années.» A ses yeux, Pierre Maudet a fini par devenir, à tort, le bouc émissaire de la République, à l’origine de tous les problèmes. «C’est une tête qui dépasse, voilà tout, et cela attise la jalousie des médiocres.»


■ Alberto Velasco, député socialiste: «Jamais le Ministère public n’aurait dû entrer là-dedans»

«Cette affaire montre que c’est lamentable de politiser la justice, affirme Alberto Velasco, député socialiste. Jamais le Ministère public n’aurait dû entrer là-dedans. La séparation des pouvoirs est essentielle, sinon les politiciens ne peuvent plus rien faire».

«Ce jugement n’exonère pas Pierre Maudet de sa faute politique, d’ailleurs il a reconnu les mensonges», poursuit-il. «Mais ses fautes ne méritaient pas toute la déstabilisation qui s’en est suivie. Il en a d’ailleurs payé le prix dans les urnes. Si Pierre Maudet se présente en 2023, il prendra des voix partout, pour toutes sortes de raisons, car la base ne suit plus aveuglément les partis, les électeurs choisissent le menu, comme au resto. S’il parvient au Grand Conseil avec un parti derrière lui, le PLR sera affaibli, d’autant plus qu’il perdra déjà des plumes à cause des Verts’libéraux. Pierre Maudet aurait alors une chance au Conseil d’Etat.»


■ «Genève s’est retrouvé dans une situation de blocage politique total», rappelle Céline Amaudruz, UDC

Céline Amaudruz, présidente de l’UDC genevoise, prend acte de la décision et rappelle le principe de la séparation des pouvoirs. «La population est la seule à juger si un retour de Pierre Maudet en politique est possible ou non», estime-t-elle, soulignant toutefois que l’affaire laissera inévitablement des traces.

«Ces dernières années, Genève s’est retrouvé dans une situation de blocage politique total, rappelle-t-elle. Entre les enquêtes pénales et les conflits au sein du Conseil d’Etat, il était devenu très difficile pour les élus qui doivent défendre Genève à Berne d’être perçus comme crédibles.» A ses yeux, le canton ne ressort donc pas indemne de cette épreuve et ne peut plus se permettre de prendre le risque d’une nouvelle crise institutionnelle, dans le cas, encore très hypothétique, où Pierre Maudet faisait son retour à l’Exécutif.


■ «Cette affaire n’a peut-être pas atteint son épilogue judiciaire», commente Jean Batou (EàG)

«On peut être surpris ou critiquer ce jugement, mais nous sommes dans un état de droit. Cette affaire n’a peut-être pas atteint son épilogue judiciaire», réagit Jean Batou, député d’Ensemble à Gauche. «Seul le jugement politique compte. Pierre Maudet a admis des fautes politiques graves et c’est cela qui doit guider la réflexion des Genevois.»

Il poursuit: «Je confesse aussi ma lassitude quant à la personnalisation de ce dossier, qui s’avère presque contre-productive pour s’attaquer aux problèmes structurels qu’elle pose, à savoir la nécessité d’encadrer le financement de la politique.»


■ François Baertschi, député MCG: «Il s’agissait d’un problème politique, et non judiciaire»

«Cet acquittement montre qu’il s’agissait d’un problème politique, et non judiciaire. Un problème exacerbé par le PLR qui a mal géré la crise, en soutenant Pierre Maudet dans un premier temps de manière excessive, puis en le rejetant de manière toute aussi excessive, estime François Baertschi, député MCG. Le PLR était dans une relation passionnelle, et non politique, ce qui a conduit à la crise institutionnelle dont tout l’échiquier politique a subi les conséquences. Le problème du PLR est donc devenu le problème de tout le canton, au point que le conseil d’Etat a eu de la difficulté à exercer sa tâche».

«Il est difficile de dire si une candidature de Pierre Maudet en 2023 peut faire de l’ombre au MCG, ajoute François Baertschi. Certes, il faut reconnaître que certains électeurs MCG lui ont donné leur voix au printemps dernier, mais il s’en est trouvé d’autres pour voter Fabienne Fischer, en manière de vote anti-Maudet. Pierre Maudet, avec son faux nez socialiste, reste quand même très éloigné des positions du MCG. Je ne suis donc pas effrayé pour mon parti devant son éventuel retour en politique.»


■ «Libre aux Genevois de voir s’ils ont envie d’élire un menteur et un manipulateur»

Pour Thomas Wenger, député du Parti socialiste, «politiquement, cette décision de la Chambre de recours ne change rien. «La faute politique a été admise par l’intéressé, ses nombreux mensonges aussi, tout comme ses manipulations et encouragements envers ses compères à mentir, souligne-t-il. S’il se représente en 2023, libre aux Genevoises et aux Genevois de voir s’ils ont envie d’élire un menteur et un manipulateur au Conseil d’Etat. J’estime que Genève mérite mieux. Il est vrai cependant qu’une candidature de Pierre Maudet ne peut que diviser la droite et bénéficier à la gauche. Mais je ne suis pas cynique et ne souhaite donc pas la politique du pire.»


■ «Les électeurs se sont déjà fait leur opinion», estime Delphine Bachmann, le Centre (ex-PDC)

«Un premier jugement allait dans un sens, un second le contredit, mais au final les électeurs se sont déjà fait leur opinion.» C’est du moins l’avis de la députée du Centre Delphine Bachmann. Au-delà de l’acquittement, la question est à ses yeux de savoir si Pierre Maudet a franchi une ligne rouge en tant que magistrat. «Ce verdict n’annule pas son comportement sur le plan politique, ses mensonges, la gestion problématique de son département», estime-t-elle, rappelant que la confiance des électeurs est dure à récupérer.

«Quelle que soit l’issue judiciaire finale, cette affaire a fait du tort à la République et a donné une image médiocre des institutions genevoises», déplore Delphine Bachmann. Un retour en politique est-il envisageable? «Pierre Maudet est libre de ses actions mais à titre personnel je ne lui accorderais pas ma confiance.» La députée espère surtout que les prochaines élections qui auront lieu en 2023 ne seront pas centrées sur l’ancien conseiller d’Etat. «Genève a désormais besoin d’aller de l’avant et de se concentrer sur les projets politiques.»


■ Bertrand Reich, président du PLR genevois: «Son exclusion était pleinement justifiée»

«Politiquement, la décision de justice va renforcer les gens qui ont voté pour lui dans leur sentiment qu’il aura été poursuivi à tort, déclare Bertrand Reich, président du PLR genevois. Mais pour moi, ça ne change rien au fait que son exclusion était pleinement justifiée, au vu de l’accumulation des motifs. Car le problème ne relève pas du pénal, mais de l’éthique et de la loyauté vis-à-vis de son parti, dont il a cruellement manqué, avec des mensonges répétés et des stratagèmes visant à détourner l’attention, notamment en jetant en pâture à la presse des faits préjudiciables au PLR. Maintenant, force est de constater que le fait d’être acquitté est bon pour son image et qu’il n’aurait pas créé de fondation s’il ne voulait plus jouer de rôle politique. Il est trop tôt pour dire si ce risque sera de nature à fracturer à nouveau le PLR.»


■ L’acquittement de Pierre Maudet ne fragilise pas la légitimité de Fabienne Fischer, défend Delphine Klopfenstein-Broggini, les Verts

Pour Delphine Klopfenstein-Broggini, présidente des Verts genevois, ce jugement ne change pas grand-chose. «Nous prenons acte de cette décision, qui n’est probablement qu’une étape judiciaire, mais sur le plan politique la question éthique qui nous a toujours préoccupés reste d’actualité: Pierre Maudet a menti à de nombreuses reprises à la population.»

Au point, selon elle, de perdre la confiance d’une partie des électeurs. Quant à la force politique de Pierre Maudet, Delphine Klopfenstein-Broggini rappelle que l’ancien conseiller d’Etat «ne s’est pas gêné de faire campagne en étant sous enquête pénale». A ses yeux, l’acquittement ne devrait donc pas changer fondamentalement son comportement mais risque, en revanche, d’inquiéter le PLR. Rétrospectivement, ce jugement aurait-il pu changer la donne au moment de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat au printemps 2021? «Absolument pas, répond la présidente. Notre candidate Fabienne Fischer a gagné haut la main, elle était légitime hier, elle l’est toujours aujourd’hui.»


■ «Ça ne change rien, il a menti au Parlement», réagit Bertrand Buchs, le Centre (ex-PDC)

Bertrand Buchs, député du Centre (le PDC genevois a changé de nom le 1er janvier) réagit à l’acquittement de Pierre Maudet: «Pour moi, ça ne change rien, il a menti au Parlement, il l’a reconnu et l’a même dit à la fin de son procès. La faute de Pierre Maudet ne change pas, même s’il n’est pas condamnable au niveau pénal. La confiance n’est pas rétablie. Mais c’est vrai qu’actuellement, il a une autoroute devant lui s’il veut se représenter. S’il vient avec un parti, ça va être le foutoir. Mais il a même le potentiel, au vu de sa personnalité, de revenir sans parti. C’est un risque pour le PDC, tout comme les Vert’libéraux, dont je suis persuadé qu’ils atteindront le quorum. Le problème n’est pas de savoir si le PDC aura de bons candidats en 2023, mais d’atteindre le quorum. Car il y aura fatalement une fragmentation des voix à droite.»


■ Thomas Bläsi, UDC: «une voie royale pour un retour en politique de Pierre Maudet»

Le député UDC Thomas Bläsi estime que le jugement «est un immense désaveu pour le Procureur général, qui trace une voie royale pour un retour en politique de Pierre Maudet». «Je suis choqué que la justice considère qu’un conseiller d’Etat peut accepter un cadeau à 50 000 francs sans tomber sous le coup de la loi. Il va falloir que suffisamment de personnes fassent abstraction de leur intérêt personnel pour lui faire barrage lors des élections cantonales de 2023», poursuit-il.

«En tant qu’auteur du rapport de la commission de gestion sur l’Office cantonal de la population et des migrations, j’ai pu constater que Pierre Maudet est personnellement intervenu pour accélérer la naturalisation d’au moins une personne proche de l’un des organisateurs du voyage à Abu Dhabi. Ce cas a fait l’objet d’une dénonciation pénale.»