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Pierre Maudet à la sortie de la prestation de serment.
© Martial Trezzini/KEYSTONE

Genève

L’affaire Maudet met le monde politique genevois en ébullition

Le président du Conseil d'Etat a été auditionné ce mardi par la Commission de contrôle de gestion au sujet du fameux voyage à Abu Dhabi. Une affaire qui crée un climat délétère fait de rumeurs et de suspicions. Ambiance

Ceux qui croyaient encore à une nouvelle législature studieuse et constructive peuvent déchanter. «L’affaire Maudet», comme le Tout-Genève l’appelle désormais, a créé une atmosphère délétère. Messes basses, suspicions, pressions, le monde politique bruisse de rumeurs sur les contours encore mystérieux de ce fameux voyage d’Abu Dhabi et sur la manière avec laquelle le ministre concerné espère éteindre l’incendie. A la manœuvre dans ce délicat dossier, la Commission de contrôle de gestion a entendu le principal intéressé, ce mardi, durant plus d’une heure.

Cette nouvelle audition allait forcément être plus corsée que celle intervenue de manière précipitée, le 14 mai dernier, à la demande de Pierre Maudet lui-même. Entre-temps, le dossier a été alimenté par de nouveaux détails, l’existence d’une procédure pénale a été rendue publique, le soupçon s’est porté sur une concession de l’aéroport à une société émiratie, le contrat du chef de cabinet et compagnon de voyage, Patrick Baud-Lavigne, n’a pas été renouvelé et la réprobation du parlement s’est abattue sur «l’acceptation d’un luxueux cadeau».

Lire aussi: Le parlement genevois réprouve le voyage de Pierre Maudet

Poker menteur

Autant dire qu’un feu d’artifice de questions allait forcément inspirer les membres les plus curieux de la commission. Trois d’entre eux se sont retirés de cette affaire afin d’éviter toute critique sur un éventuel conflit d’intérêts. Cyril Aellen (PLR), dont la tante, Corine Moinat, est la présidente du conseil d’administration de Genève Aéroport, Albert Velasco (PS), qui siège au sein dudit conseil, et Jean Rossiaud (Verts), dont la compagne fait aussi partie des administrateurs. Un conseil qui tiendra par ailleurs, le 30 juin, une séance extraordinaire consacrée à l’adjudication en question.

Retour au politique. Pour calmer le jeu dans ce qui ressemble de plus en plus à une partie de poker menteur, la Commission de contrôle de gestion, sous la plume de son président Yvan Zweifel (PLR), s’est fendue d’un communiqué lundi soir pour déplorer des fuites et des «propos parfois erronés». Elle a aussi confirmé l’audition «prochaine» du chef du Département de la sécurité et annoncé son intention «de prendre contact» avec Patrick Baud-Lavigne. Reste à savoir si ce dernier, qui ne sera plus à l’Etat dès le 30 juin, honorera cette invite. Quant aux documents demandés, ils sont toujours attendus.

Processus à revoir

La commission décidera ultérieurement si elle entend siéger au complet ou créer une sous-commission. Cette formation réduite à trois ou quatre députés, déjà choisie pour l’enquête sur la manifestation de décembre 2015 qui avait huilé le Grand Théâtre, est débattue. Certains craignent un effet «étouffement», d’autres estiment que c’est la meilleure manière de garder le secret, travailler à fond et de manière plus collégiale. Quelle que soit l’option choisie, il faudra encore discuter et préciser les contours du mandat.

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Les sujets découlant de l’escapade sont nombreux. Outre la nécessité de clarifier la nature de cette invitation à Abu Dhabi et d’établir qui savait ou avait autorisé quoi, la Commission de contrôle de gestion, dont l’essence consiste à s’intéresser aux processus, trouvera sans peine matière à réflexion. Déterminer ce qui relève du cadeau, définir ce qui est privé ou public s’agissant d’un ministre, analyser les consignes existantes dans l’administration et leur respect ou encore comparer avec ce qui se fait au moins dans la Berne fédérale.

Cacophonie générale

En attendant le résultat de ce travail, l’affaire Maudet irradie toute réflexion et nourrit les tensions. Ensemble à gauche, avec une députation renouvelée et débordante d’énergie, fait feu de tout bois sur le sujet dans une posture logique d’opposition. Le Parti socialiste et les Verts suivent sur le thème des «actes politiques forts» mais sans entrer dans cet esprit de conflit total. L’UDC et le MCG profitent de la brèche pour alimenter un discours de méfiance.

En face ou à côté, le PDC essaie de faire oublier les déclarations séditieuses de son président en se montrant plus royaliste que le roi. Lors de la dernière «séance réprobation» du Grand Conseil, c’est le seul groupe qui a plaidé pour le rejet pur et simple du désaveu. Même, le PLR, visiblement mal à l’aise avec ce qui est désormais clairement nommé «l’erreur politique» de Pierre Maudet et dans la crainte de nouvelles révélations, n’est pas allé aussi loin et a proposé un renvoi en commission. Bref, c’est la cacophonie. Sans oublier qu’en coulisses, mesures de diversion, voire de rétorsion, sont à l’œuvre ou perçues comme tel.

La dernière en date, lancée jeudi en urgence par un PLR et consistant à recadrer la manière dont est menée l’enquête sur les abus au sein de l’école genevoise, est vite revenue comme un boomerang. Il a été rappelé que ce mandat externe est géré par la présidence et non pas par le département de la socialiste Anne Emery-Torracinta. Tout cela en dit long sur l’agitation du moment.

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