Politique

L’affaire Parmelin trahit les tensions du Conseil fédéral

Le gouvernement se saisira mercredi d’une affaire qui en dit plus sur le nouveau climat politique suisse que sur la fiscalité agricole

C’est la mi-temps dans l’affaire Parmelin. Mardi, les Commissions de gestion (CdG) du Parlement ont servi le thé. Elles ont entendu le chancelier Walter Thurnherr et le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann sur la fameuse séance du gouvernement, au cours de laquelle le ministre Guy Parmelin s’est investi pour un changement de régime fiscal agricole dont il pourrait, ainsi que son frère, profiter un jour, comme des milliers d’agriculteurs. Les commissions ont ensuite adressé un catalogue de six questions au Conseil fédéral portant sur ses règles de récusation et le problème des fuites internes. Le gouvernement est prié de répondre d’ici au 19 mai.

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Mais les élus des Commissions de gestion se sont bien gardés de juger Guy Parmelin. «Il appartient au Conseil fédéral de parler de ses propres règles de récusation, d’estimer si elles méritent d’être revues, et de faire une appréciation de l’affaire», affirme Alfred Heer (UDC/ZH), président de la CdG du Conseil national.

Le gouvernement s’exécutera mercredi déjà, a confirmé Johann Schneider-Ammann, sans en dire plus sur l’attitude de son collègue Parmelin non plus. Le Bernois communiquera une nouvelle fois suite à la discussion menée au sein du Conseil fédéral. A ce stade, une chose l’inquiète avant tout: «Ces fuites lors des séances gouvernementales sont dérangeantes et nuisent à la confiance».

«Séances plus tendues qu’avant»

La fuite de la séance du Conseil fédéral qui a mis Guy Parmelin en mauvaise posture sonne en effet comme une alarme. Ravageuses et fréquentes de 2003 à 2007, habituelles et plus sournoises de 2007 à 2011, les indiscrétions venant des séances du Conseil fédéral s’étaient presque taries durant la précédente législature. Mais depuis qu’il a changé de composition, le gouvernement connaît une autre atmosphère de travail.

«Les séances sont peut-être un peu plus tendues qu’avant», confessait Ueli Maurer lundi, dans un entretien à l’Aargauer Zeitung. «Ces quatre dernières années étaient des années d’or, estime le conseiller aux Etats Hans Stöckli (PS/BE). Le Conseil fédéral a été bien suivi par le Parlement et le peuple, à quelques exceptions notables. Mais désormais, il compte de nouveaux membres, la politique fédérale a glissé vers la droite, le climat s’est durci au Conseil national. Et le collège ne s’est pas encore trouvé.» Ancien président du PDC, Christophe Darbellay renchérit: «Cette affaire Parmelin couvait sous la cendre. C’était bien plus calme durant la période précédente».

Quatre hommes et un nouveau président

Une source proche du Conseil fédéral explique ce qui a pu mener à ces nouvelles tensions: «Quatre choses ont contribué à un changement d’atmosphère: la rocade entre Eveline Widmer-Schlumpf et Guy Parmelin, la nouvelle majorité issue des élections fédérales, la présidence de Johann Schneider-Ammann et l’arrivée du nouveau chancelier Walter Turnherr».

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Détaillons la liste. Sans préjuger des qualités ou défauts des membres du Conseil fédéral au niveau individuel, l’équilibre d’une équipe a été modifié. Une femme en moins et un Romand en plus, ça fait une différence. «La nouvelle répartition du Conseil fédéral avec trois Romands a tendu quelque peu la situation au sein du gouvernement», pense le conseiller national Yannick Buttet (PDC/VS).

La nouvelle majorité n’est que virtuelle. Il y a beaucoup de guerres internes

Autre source de tension, les élections fédérales ont fait triompher le PLR et l’UDC, mais les quatre représentants de ces partis au sein du collège peineraient encore à agir en équipe. «La nouvelle majorité n’est que virtuelle. Il y a beaucoup de guerres internes», relève un interlocuteur. Désormais minoritaires, Alain Berset, Simonetta Sommaruga et Doris Leuthard se montreraient plus méfiants.

Et il y a eu le changement de présidence. Johann Schneider-Ammann dirige les débats depuis janvier. Or, «il n’est pas bon pour conduire les séances. Mais au final, c’est lui qui décide si les membres du collège se quittent fâchés ou pas», relève notre source proche du gouvernement. Le président en retrait contraste avec un nouveau chancelier, Walter Thurnherr, qui intervient dans les débats.

Equilibre délicat

Ces tensions naissantes n’empêcheront pas mercredi les conseillers fédéraux d’être solidaires avec Guy Parmelin. Selon une règle tacite, les ministres ne se récusent en effet jamais ou presque. Et personne ne doute de sa bonne foi. Mais pour retrouver le chemin du compromis, il faudra recréer la confiance.

Hans Stöckli est plutôt pessimiste: «Il est très probable que cela continue comme ça, avec des effets similaires à la période 2003-2007». Le fait que l’origine de la fuite visant le Vaudois soit difficilement lisible crée une grande suspicion. Depuis vendredi, le curseur s’est tour à tour orienté vers la gauche, l’UDC zurichoise, mais également le PLR. En communication politique, la stratégie est bien connue: la meilleure manière d’éteindre le feu dans sa maison est de l’allumer dans celle d’un autre.

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