Des balivernes. C’est en substance ce que le Ministère public genevois pense des explications données par Beny Steinmetz, sa fidèle assistante et son homme de terrain, accusés tous trois d’avoir participé au versement de pots-de-vin pour décrocher des droits miniers en Guinée. «Un florilège de dérobades pour justifier l’injustifiable», soutient Yves Bertossa à l’heure du réquisitoire. Mamadie Touré, la quatrième épouse du défunt président Lansana Conté, a touché quelque 10 millions de dollars et il n’y aurait ni coupable ni responsable? «C’est la théorie de la corruption magique!» ironise le procureur.

Preuves en série

Aux yeux de l’accusation, point de doute: cet immense dossier contient toutes les preuves nécessaires pour retenir la corruption. «C’est un cas d’école.» «On ne trouvera jamais plus que cela.» Il y a les contrats très confidentiels qui stipulent que Matinda, la société de Mamadie Touré, doit recevoir une rémunération du Beny Steinmetz Group Resources, destinée à rétribuer les efforts fournis pour l’obtention des permis de recherche minière.

Il y a aussi les témoignages, les courriels et les écoutes du FBI. Cette fameuse conversation où Frédéric C., le baroudeur de l’équipe, insiste pour que la jeune femme détruise tout et nie en bloc. Le jugement américain souligne d’ailleurs que cet apporteur d’affaires a utilisé ses talents sophistiqués pour tenter de siphonner frauduleusement les richesses revenant à la population de Guinée.

Le rôle de la lady

Pour tordre le cou à la thèse selon laquelle la bénéficiaire n’aurait pas la qualité d’agent public car elle était une simple maîtresse ou une sorte de sorcière vivant dans une hutte, Yves Bertossa rappelle le passeport diplomatique qui mentionne que Mamadie Touré est l’épouse du président de Guinée et une vidéo qui la montre arriver, entourée de la garde présidentielle, lors d’une soirée à Conakry. «On voit bien que c’est une personne importante.»

Surnommée «the lady» par tous ceux qui gravitaient autour de l’opération, Mamadie Touré a elle-même déclaré aux enquêteurs que son mari était au courant des contrats, qu’il voulait que tout passe par elle et qu’il l’avait dit à Beny Steinmetz. Yves Bertossa rappelle d’autres déclarations de la jeune femme qui confirment son influence: «On disait de moi que j’étais les oreilles du président», «il écoutait mes conseils». Et les ministres de l’époque évoquent «la pression exercée par la femme du président», les liens entre elle et BSGR, leurs appétits miniers et pétroliers et les visées sur cette région de Simandou.

Le vrai patron

Beny Steinmetz, simple conseiller de BSGR? Yves Bertossa n’y croit pas une seule seconde. «C’est tellement pratique, une figure qui permet de tout faire.» Le procureur rappelle que des témoins le décrivent au contraire comme «le décideur» ou «le propriétaire». Les ministres guinéens disent aussi que «c’était lui le patron et qu’il s’est présenté comme tel». Le magnat des mines ne savait rien des pots-de-vin? Absurde. Son avion se trouvait à Conakry le jour de la signature des contrats avec Mamadie Touré. Les dissimulations comptables et autres tours de passe-passe achèvent de démontrer que ce marché ne sentait pas bon du tout.

La procureure Caroline Babel Casutt reprend le flambeau pour disséquer tous les documents qui nouent, exécutent et camouflent le pacte de corruption. Les vrais qui attestent des arrangements qualifiés de coupables. Mais aussi une série de faux destinés à tromper et masquer la réalité. «Pourquoi tout ce cirque? Cette mise en scène? Parce qu’il faut tenter de justifier des transferts de fonds.» Et la procureure de décrire le rôle de Sandra M., «dont l’entier de la vie professionnelle a été voué à Beny Steinmetz, celui à qui elle devait tout», la fidèle dont la signature était nécessaire à ce vaste montage.

«Appât du gain»

Yves Bertossa est de retour pour réclamer un verdict de culpabilité sans aucune circonstance atténuante dans ce dossier qualifié «d’exceptionnel». Aux yeux du parquet, Beny Steinmetz mérite 5 ans de prison (et une confiscation à hauteur de 50 millions de francs) pour avoir déployé une énergie criminelle intense avec l’argent comme seule motivation. «Il s’en est pris à l’équilibre d’une société pour son seul profit personnel.» Contre Frédéric C., dépeint comme le roi du bobard, le procureur réclame 4 ans de prison tout en le délestant de 11 millions. Seule Sandra M., qui n’a rien décidé, s’en tire avec une peine de 2 ans compatible avec un sursis et la restitution d’un bonus de 150 000 francs.

La défense répondra ce vendredi.


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