«Celui qui voudrait instaurer la dictature en Suisse ne prendrait qu'un seul risque: mourir de ridicule.» Telle était, hier soir, la réaction du président du Parti radical valaisan, Léonard Bender, après la spectaculaire descente effectuée par le Ministère public de la Confédération dans les milieux radicaux valaisans.

Une opération entamée dès 7 heures du matin par l'interpellation, à son domicile chablaisien, du secrétaire du parti, Robert Giroud; puis la convocation, par téléphone, dans les locaux de la police cantonale à Martigny de Gilbert Tornare, l'homme qui était le président des radicaux valaisans au moment des faits.

Les faits? Une fracassante fuite, le vendredi 5 mars, dans les médias valaisans: ce jour-là, dans son flash de midi, Rhône FM annonçait que Christoph Blocher venait de proposer, dans une note interne du Conseil fédéral, de réduire les subventions à Suisse Tourisme de 200 millions à 1 franc symbolique. Une information qui se fondait sur la copie de la fameuse note interne, signée de la main de Christoph Blocher.

Le lendemain, Le Nouvelliste en faisait sa une, plus une double page, avec à l'appui les réactions indignées des milieux touristiques valaisans. Dans les jours qui suivirent, mi-accusateurs, mi-amusés, tous les regards et les index se tournèrent et se pointèrent vers Pascal Couchepin. Il faut savoir que le président de Rhône FM n'est autre qu'Adolphe Ribordy, ponte et maître à penser depuis des décennies des radicaux valaisans, et spécialement du district de Martigny. Et que même si la radio valaisanne, dont il fut le fondateur, a été depuis belle lurette rachetée par le groupe Rhône Media – le groupe du Nouvelliste, idéologiquement contrôlé par le PDC –, le poids et l'influence de Ribordy y restent entiers. Détail aggravant: un des conseillers personnels de Pascal Couchepin est domicilié depuis des années à Liddes, bourgade de l'Entremont, fief radical et ribordien s'il en est.

De quoi faire bondir l'UDC valaisanne, si prompte à hurler au complot politique. Le leader des blochériens valaisans, le conseiller national Oskar Freysinger, s'en indignait aussitôt devant le parlement fédéral. La suite on la connaît: l'inouïe intervention des pandores fédéraux dans les affaires du Parti radical valaisan. Hier, la question sur toutes les lèvres en Valais était de savoir pourquoi le conseiller fédéral Pascal Couchepin aurait choisi la filière valaisanne et, spécialement radicale, pour rendre public l'attaque blochérienne contre le tourisme. Pourquoi, en d'autres termes, le conseiller fédéral martignerain aurait choisi de signer, sciemment, son crime. La thèse qui prévalait et continue de prévaloir est celle d'une décision intempestive du conseiller entremontant de Pascal Couchepin, qui se serait vu remettre par son patron la fameuse note avec ce vague conseil: «Fais-en ce que tu peux.»

Le portable dudit conseiller personnel résonnait hier soir, en vain, dans le vide. Ce scénario cependant ne convainc pas tout le monde, et des voix s'élèvent pour suggérer que le coup serait parti de l'entourage de Blocher, qui aurait machiavéliquement poussé à la faute l'entourage de Couchepin.

En attendant, Léonard Bender tente de minimiser l'incident: «Cela m'a servi d'être à la fois président de parti et avocat pénal. Le côté disproportionné de cette intervention policière m'est apparu immédiatement. Car il est en effet disproportionné d'envoyer un procureur de la Confédération, de placer sur le plan pénal la divulgation d'une information, quel que soit le canal, qui ne concerne pas un secret défense, mais au contraire intéresse la population valaisanne tout entière, à savoir le financement de la branche touristique.»

Autre son de cloche, évidemment, chez le conseiller national UDC Oskar Freysinger: «Si la police fédérale a jugé bon d'intervenir, c'est qu'elle avait de bonnes raisons, des preuves à l'appui. Je me réjouis d'autant des réactions que cela provoque que, chaque fois qu'on a essayé de nous coller une étiquette autoritaire, on y a gagné un soutien populaire supplémentaire. Pour peu que la justice démontre qu'il y a réellement eu dans cette fuite une violation de certains articles précis du code pénal, ce sera du pain bénit pour nous.»

Le rédacteur en chef de Rhône FM, Fabrice Germanier, se retranche, lui, derrière le devoir d'information: «Nous avons eu la chance d'entrer en possession d'un document que nous avons jugé suffisamment important pour que nos auditeurs en bénéficient.»

Affaire minuscule certes, mais à la symbolique saisissante: quel que soit le mérite juridique de la procédure dans le cadre de laquelle ont eu lieu les interrogatoires de lundi, ces derniers évoquent, même de loin, des pratiques – la police traquant les politiques – de bien funeste mémoire.