L’affaire Varone pourrait s’éterniser des mois

L’audience du commandant de la police valaisanne est reportée à la fin novembre.Le PLR valaisan craint de perdre la course au Conseil d’Etat

L’audience de l’affaire Varone était très attendue en Valais. Notamment au sein du PLR, qui espère que les péripéties de son candidat au Conseil d’Etat se tassent. Coup de théâtre mardi matin à Antalya, dix minutes après l’ouverture de la séance, le juge décide d’un report au 27 novembre. Sans que l’on sache si ce nouveau rendez-vous débouchera sur un jugement ou sur une troisième audience qui, selon les habitudes de la justice turque, pourrait être fixée deux mois plus tard. Soit en janvier.

Le brouillard qui s’annonce persistant pour les mois qui viennent pourrait sérieusement embarrasser le PLR, qui doit défendre son siège face aux assauts d’Oskar Freysinger. «Je commence à être inquiet pour le parti malgré la valeur de notre candidat, déclare l’ancien chef de groupe et député PLR au Grand Conseil, René Constantin. Si la procédure devait durer au-delà de la fin novembre, nous serions dans une fragilité telle que nous pourrions perdre notre siège au Conseil d’Etat», craint-il.

«Les électeurs doivent pouvoir se prononcer avec clarté et je pense que c’est au parti de prendre ses responsabilités pour que cela soit possible, estime Pascal Couchepin. J’ai toujours pensé que Christian Varone doit dire aux électeurs de manière transparente ce qu’il compte faire en cas de condamnation.» L’incertitude pourrait-elle semer le doute parmi les troupes? Le soir du 6 septembre, le commandant de la police a été élu au premier tour, loin devant ses concurrents.

«Le report d’audience va peut-être compliquer la préparation de la campagne, mais si nous avons un jugement le 27 novembre, il restera encore deux mois et demi avant les élections, analyse Georges Tavernier, président du PLR valaisan. Ce n’est pas dramatique, mais j’aurais préféré un jugement rapide», relativise-t-il.

Un jugement rapide, c’est ce que Christian Varone souhaiterait aussi selon son avocat valaisan, Philippe Loretan. Pourtant, au cours des dix minutes d’audience de mardi matin, son avocate turque, Yasemin Mataraci, a remis en cause le rapport d’expertise réalisé en septembre à la demande du tribunal, arguant le manque de compétence de l’un des experts, un historien de l’art. La jeune avocate a demandé qu’un nouveau rapport soit effectué par Yusuf Sumer Atasoy, le chef du département d’archéologie de l’Université de Karabük.

La veille de l’audience, Yasemin Mataraci avait demandé que l’audience soit fermée à la presse. Refusant de répondre aux médias mardi, apparemment apeurée par l’ampleur de l’affaire, la jeune avocate commise d’office donnait l’impression de jouer la montre. Quant au rapport réalisé le 10 septembre par des experts du Musée d’Antalya, il semble suffisamment négatif pour condamner Christian Varone. Ce rapport n’a pas encore circulé mais, selon l’agence de presse turque DHA, les deux experts auraient confirmé que la pierre est bel et bien un morceau de colonne d’époque romaine et que sa sortie de Turquie est interdite. Dans ce genre d’affaire, d’après plusieurs avocats turcs interrogés sur la question, le rapport d’expert est souvent l’une des pièces maîtresses du dossier. D’où l’importance pour la défense de faire en sorte qu’il soit le moins négatif possible.

Le commandant de la police valaisanne encourt jusqu’à 12 années de prison pour vol de bien culturel. En 2009, un Français, Domanick Murugan, a été condamné à un an et quinze jours de prison ainsi qu’à ­une amende de 3000 lires turques (1600 francs) avec mise à l’épreuve durant cinq ans pour avoir emporté une pierre dite antique. En cas de condamnation, Christian Varone ne devrait toutefois pas purger sa peine, puisqu’il se trouve actuellement en Suisse.

Suivant l’affaire depuis le Valais, certains membres du PLR estiment, sous couvert d’anonymat, que Christian Varone tente de faire reporter son jugement au-delà de l’élection au Conseil d’Etat prévue en mars. Une fois élu, l’affaire n’aurait plus grande importance, analysent-ils.

«Il n’y a pas de stratégie, rétorque Philippe Loretan. Ce qui a été relayé dans les médias est faux et a été mal compris. Le juge a décidé de reporter l’audience, le procureur ayant relevé un vice de forme parce que le Ministère de la culture et du tourisme n’était pas partie au procès», explique-t-il. Reste que la défense a demandé un nouveau rapport susceptible de prolonger les procédures. «Non, l’avocate de Christian Varone n’a jamais formellement demandé un nouveau rapport d’expertise, répond Philippe Loretan. Elle a simplement contesté le rapport existant et a dit que, s’il devait y en avoir un nouveau, il devait être réalisé par un archéologue. Nous espérions un jugement ce mardi.»

«Christian Varone doit dire aux électeurs de manière transparente ce qu’il compte faire en cas de condamnation»

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