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Tom et Antoine, reporters.
© Bertrand Rey

Portrait

L’agence tous risques

Basés à Athènes, Thomas Epitaux-Fallot et Antoine Harari, deux amis trentenaires romands arpentent les Balkans et cueillent des témoignages, qu’ils vendent ensuite aux médias suisses

À voir l’Histoire se dérouler loin de leurs rédactions, deux amis journalistes romands ont quitté leurs postes et sont partis. À Athènes, Antoine Harari, le Genevois et Thomas Epitaux-Fallot, le Lausannois se sont installés dans un trois-pièces miteux d’un loyer de 250 euros, retapé pour une bouchée de Pita. Depuis leur arrivée dans la capitale hellénique en décembre dernier, pas une semaine ne se passe sans qu’ils ne vadrouillent. Loin du confort occidental, leur expérience prend la forme d’un véritable parcours initiatique tant professionnel que personnel qui met leur amitié à rude épreuve. À 31 et 29 ans, Thomas et Antoine troquent l’image qu’ils avaient du monde contre des récits qui le racontent.

Les pays balkaniques, mais pas seulement

En quelques mois, ils ont foulé les îles grecques où débarquent par milliers les migrants, la Turquie où ils ont rencontré ce professeur syrien sans perspectives d’avenir, la Roumanie pour découvrir la communauté Rom qui se fait systématiquement raser ses habitations par les bulldozers, le Pakistan où des jeunes femmes luttent littéralement, sur un ring, pour leurs droits, l’Albanie et le Kosovo pour suivre l’Euro avec les familles de joueurs de l’équipe suisse.

Toujours à deux, ils couvrent les pays balkaniques, mais pas seulement, et dépeignent moins l’actualité chaude que les histoires qu’ils découvrent sur leurs chemins. Avec une plume, une caméra ou un micro, ils racontent et, conquis par cette liberté nouvelle, ne s’imaginent plus travailler au sein d’une rédaction. Leur travail est vendu à la RTS, au Matin Dimanche, à L’Illustré, au Temps. «Si l’on rentre un jour, ce sera pour des raisons financières, déclarent-ils. En six mois, nous avons vendu une trentaine de reportages à des médias suisses romands. La télé paie le mieux: entre 2400 et 2800 francs par sujet. La journée de travail en presse écrite nous est rémunérée 600 francs. Cela couvre nos frais mais on vit un peu sur nos économies et la situation n’est pas viable à long terme».

«Coller à l’image préconçue du pays»

Une fois sur place, cette désillusion: «Votre récit ne colle pas à l’image que le téléspectateur a du pays», entendent-ils parfois. «Comme si le public n’était pas friand de bonnes nouvelles», hasarde Thomas. On ne relatera pas en Suisse l’aventure de cette joyeuse bande de jeunes Grecs qui, écœurés de ce qu’ils lisent dans la presse, racontent leur ville de manière positive sur leur site Life in Athen. Ni celle de ces entrepreneurs en herbe qui redynamisent l’économie ukrainienne. Alors pour dire ce qu’ils ne peuvent révéler ailleurs, une marque: «Tom&Antoine», déclinée sur tous les réseaux sociaux.

Parmi les nombreuses choses qu’on ne leur a pas apprises en école de journalisme, la question de savoir où placer la frontière entre l’être humain et le reporter. Pourtant ô combien utile lorsque l’on partage des jours durant le quotidien des migrants. «Ce que l’on n’avait pas remarqué au début, c’est qu’ils suivent à la lettre près les conseils hasardeux qu’on leur donne et s’accrochent aux informations que l’on divulgue. On a dû faire plus attention». À Samos, nos deux Suisses font la connaissance de Sam, un Afghan, qu’ils retrouvent ensuite à Athènes. La frontière de la Macédoine est fermée et Thomas lui conseille d’emprunter la route des montagnes. Il le rejoindra à son arrivée à Amsterdam. «On s’envoie des nouvelles par WhatsApp. Lui, c’est devenu un ami». Sur la route des Balkans, les migrants qu’ils rencontrent n’ont qu’un pays en tête: l’Allemagne. Parfois la Suède. La Suisse n’est jamais évoquée.

À Athènes, Thomas et Antoine sont les deux seuls Helvètes accrédités au bureau de la communication de l’Etat grec, contre une multitude de Français. Sur place, le marché des free-lances est un véritable panier de crabes et les quelques contacts que nos deux amis ont tenté de créer sont restés sans succès. Par contre, tous les dimanches, ils jouent au foot avec une équipe du quartier.

Vie de bohème

C’est indéniable, Antoine, comme Thomas, ont du talent. Mais plus que cela, leur succès tient à cet orgueil dans lequel ils baignent, à cette impertinence qu’offre parfois la jeunesse et qui leur fait croire, à juste titre, que rien ne peut les arrêter. Un amour-propre, une fierté qui attendrissent certains journalistes plus âgés. «On leur vend du rêve! Mais d’une façon générale les gens hésitent encore trop à lâcher les clés aux jeunes. Les médias disent vouloir rajeunir leur audience et leur marque. Alors laissez-nous faire, on saura créer le journalisme de demain».

Loin des camps de réfugiés, c’est au salon de l’auto sur le stand Porsche de Palexpo, cuvée 2009, que les deux étudiants d’alors se sont rencontrés. Engagés pour leurs belles gueules, ils ont profité de leur indifférence réciproque des voitures pour se lier d’amitié. Aujourd’hui, usée à l’épreuve des jours et du travail, elle a subi quelques coups. «On a instauré le «BB» – bières-briefing – le lundi soir, qui permet de désamorcer les conflits naissants. Ce qui est difficile, c’est que tu ne peux te plaindre de ton collègue à ton pote ou ton colloc, puisque c’est la même personne», plaisante Antoine. Lui, ajoute qu’il est «productif trois heures par jour». «On mène une vie de bohème, mais le vrai luxe c’est d’avoir le temps et le choix de ne traiter que des sujets qui nous plaisent».


Profil

27 septembre 1985 Naissance de Thomas Epitaux-Fallot à Lausanne

24 août 1987 Naissance d’Antoine Harari à Genève

30 septembre 2015 Thomas termine sa formation et quitte la RTS

31 octobre 2015 Fin de stage au Matin Dimanche pour Antoine

2 décembre 2015 Création de Tom&Antoine à Athènes

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