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«L’Agglo de Fribourg doit devenir un vrai parlement régional»

Le préfet de la Sarine Carl-Alex Ridoré milite pour que la population élise elle-même ses représentants au sein de l’agglomération

Fribourg se rêve en centre cantonal fort. Mais les dissensions entre la ville et ses voisines sont criantes: finances, projet «Fusion 2016» qui a pris du plomb dans l’aile en décembre, critiques de «l’arrogance de la ville». Pour que tout le monde regarde dans la même direction, la région a créé «l’Agglomération» en 2008, qui réunit dix communes. Elle s’occupe notamment des transports et du plan d’agglomération qui doit être soumis à Berne.

Pourtant, les thèmes régionaux sont «entrés par la petite porte» durant la campagne des élections communales de mars dernier, comme le disait le préfet socialiste Carl-Alex Ridoré dans nos colonnes (LT du 23.02.2011). Comment y remédier dès lors? En faisant de la cinquantaine de membres du Conseil d’agglomération actuellement délégués par les communes «un vrai parlement régional», élu par le peuple dès 2016. Une révolution en somme, mais que «l’Agglo» elle-même temporise (lire ci-dessous).

Le Temps: Pourquoi prônez-vous une élection par la population des organes de l’Agglomération?

Carl-Alex Ridoré: J’y vois trois enjeux: simplification, démocratisation et clarification. A ce jour, la population élit ses représentants au parlement communal (le Conseil général), qui désignent des délégués au Conseil d’agglomération, qui élisent parmi eux l’exécutif de l’Agglomération. C’est un processus long et complexe. Entre les élections du 20 mars et le moment où tous les organes de «l’Agglo» sont définitivement constitués, cela nous mène en théorie à la fin de l’année. Une élection populaire renforcerait la légitimité démocratique de «l’Agglo». Enfin, cela clarifierait les rôles, car la situation actuelle est hybride. C’est en même temps une sorte de prolongement des exécutifs communaux et une sorte de parlement.

– En décembre, trois villages ont abandonné le projet de «Fusion 2016», qui prévoyait une union de cinq communes avec Fribourg. Des élections populaires pourraient-elles donner un nouvel élan aux relations houleuses entre la ville de Fribourg et ses voisines?

– Ce n’est pas une baguette magique. En 1995, le Conseil d’Etat avait comme objectif de faire élire les représentants de «l’Agglo» par la population. Tant que les élections resteront communales, les enjeux discutés durant les campagnes seront locaux. Il n’existe pas de plateforme pour que les partis développent un programme d’envergure régionale. Les sujets sont pourtant nombreux: la mobilité, les fusions de communes, le théâtre Equilibre, la piscine, l’économie. Mais le débat démocratique n’a pas lieu.

– Actuellement, l’agglomération est une addition d’intérêts locaux. Votre idée traduit-elle une mauvaise image de son travail?

– Je suis bien placé pour voir son bon travail. Mais il manque de visibilité. La législature qui s’ouvre permettra d’aller plus loin. En parallèle, d’ici à 2016, j’espère assister à une réduction du nombre de communes, par des fusions dans la région.

– Ne marchez-vous pas sur les plates-bandes d’autorités communales et régionales?

– Non. Cela fait partie du rôle du préfet d’avoir une vision pour sa région. Surveiller l’agglomération, comme le veut la loi, c’est aussi voir où existent des points d’amélioration. Les préfets doivent «mettre les mains dans le cambouis».

– Communes et canton semblent se complaire dans cette situation où «l’Agglo» ne peut pas s’opposer à eux. N’y a-t-il pas un risque de les voir se braquer en la renforçant par des élections?

– Il faut savoir ce que nous voulons: soit un centre cantonal fort et nous le faisons, soit rien. Pour moi, il est clair que l’Agglomération n’est pas une fin en soi. L’alternative serait une fusion à six communes [comme Fusion 2016, ndlr], ou avec l’ensemble des dix communes de l’Agglomération.

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