La nouvelle est tombée, aussi brève que sèche. L’UE estime que «la Suisse n’a pas fait de progrès suffisants pour permettre une extension de la reconnaissance de l’équivalence boursière au-delà de décembre 2018».

Pour ceux qui suivent de près ce dossier, cette décision de la Commission européenne n’est pas vraiment une surprise. Récemment en visite en Suisse, le chancelier autrichien Sebastian Kurz l’avait laissé entendre. Bien qu’il fasse preuve de beaucoup de compréhension envers la Suisse, il y a un moment où celle-ci doit se décider. Et ce moment est arrivé.

La Commission européenne a définitivement perdu patience. Elle n’a même pas attendu la décision que le Conseil fédéral devrait prendre ce vendredi à propos de l’accord institutionnel. Et elle est encore moins prête à se laisser consoler par un nouveau crédit de 1,3 milliard que débloquera peut-être le parlement au titre de la cohésion pour les plus jeunes pays membres de l’UE.

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Ce coup de semonce de la Commission marque le début d’une nouvelle ère de glaciation entre l’UE et la Suisse. Du côté européen, Bruxelles est excédée par les atermoiements de celui qui est pourtant son troisième partenaire commercial. Elle n’attend plus rien d’un pays où l’euroscepticisme a probablement atteint son point culminant avec l’alliance contre nature de l’UDC et des syndicats, qui s’arc-boutent sur les mesures d’accompagnement pour protéger le niveau des salaires.

Du côté suisse, c’est la fin des illusions, ou plus précisément le début de l’agonie du bilatéralisme. Longtemps, trop longtemps, le Conseil fédéral a présenté la voie bilatérale comme la voie royale. Il est resté aussi sourd qu’aveugle à la requête de l’UE de faire chapeauter la relation par un accord-cadre destiné à régler des litiges entre les deux parties. Pourtant, en 2010 déjà, un rapport du Département fédéral des affaires étrangères, alors dirigé par Micheline Calmy-Rey, avait clairement prédit que cette voie bilatérale allait devenir de plus en plus coûteuse.

Certes, il faut reconnaître que la Suisse est la première victime collatérale du Brexit, qui a vu les Européens, y compris la Pologne et l’Italie, serrer les rangs comme jamais dans leur histoire. Mais à force de refuser l’obstacle, le Conseil fédéral est aujourd’hui pris au piège de son attentisme et n’a pas le moindre plan B. Il est temps pour lui de rouvrir le débat européen. Sans tabou!